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Mathématiques · Première · 19 min de lecture

La fonction exponentielle : égale à sa dérivée

Définition (exp' = exp, exp(0) = 1), relation fonctionnelle, variations, courbe, e^(a+b) = e^a e^b ; croissance exponentielle.

Chapitre du programme : Analyse

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : une fonction définie par sa dérivée

Toutes les fonctions que tu connais ont été définies par une formule : x2x^2, 1x\dfrac{1}{x}, x\sqrt{x}, ax+bax + b. La fonction exponentielle est la première à être définie autrement — par une propriété, et cette propriété parle de sa dérivée. Il faut d'abord comprendre pourquoi une telle définition a un sens.

Une grandeur qui croît à proportion d'elle-même. Une population de bactéries dans un milieu riche, un capital placé à intérêts composés, une réaction en chaîne : dans chacune de ces situations, la vitesse d'augmentation de la grandeur est proportionnelle à la grandeur elle-même. Plus il y a de bactéries, plus il en naît par heure ; plus le capital est gros, plus il rapporte. Si f(t)f(t) désigne la grandeur à l'instant tt, sa vitesse de variation est le nombre dérivé f(t)f'(t), et la situation se traduit par l'égalité f(t)=k×f(t)f'(t) = k \times f(t), où kk est une constante. Le cas le plus simple est k=1k = 1 : une fonction égale à sa propre dérivée.

Définition. On appelle fonction exponentielle, et l'on note exp\exp, l'unique fonction ff dérivable sur R\mathbb{R} telle que f=ff' = f et f(0)=1f(0) = 1. L'existence d'une telle fonction et son unicité sont admises en première.

Pourquoi la condition f(0)=1f(0) = 1 ? Parce que si ff est égale à sa dérivée, 2f2f l'est aussi, et 3f-3f également : l'égalité f=ff' = f seule laisse une infinité de fonctions candidates, toutes proportionnelles. Fixer la valeur en 00 en choisit une seule — celle qui « part de 11 ». Cette fonction est le modèle de toutes les autres : on montrera que les fonctions vérifiant f=kff' = kf s'écrivent avec elle.

Ce que la définition donne tout de suite. Puisque exp=exp\exp' = \exp, le nombre dérivé de exp\exp en 00 vaut exp(0)=1\exp(0) = 1 : la tangente à la courbe au point (0 ; 1)(0\ ;\ 1) a pour pente 11, c'est la droite y=x+1y = x + 1. Et en tout point, la pente de la tangente est égale à l'ordonnée du point — plus la courbe est haute, plus elle monte vite. C'est la traduction géométrique de « la croissance est proportionnelle à la valeur ».

Elle ne s'annule jamais — démonstration. Considérons la fonction gg définie sur R\mathbb{R} par g(x)=exp(x)×exp(x)g(x) = \exp(x) \times \exp(-x). La dérivée de xexp(x)x \mapsto \exp(-x) est exp(x)-\exp(-x) (dérivée de xu(ax+b)x \mapsto u(ax + b) avec a=1a = -1, vue au chapitre sur la dérivation), et la formule du produit donne

g(x)=exp(x)exp(x)+exp(x)×(exp(x))=0.g'(x) = \exp(x)\exp(-x) + \exp(x) \times \big(-\exp(-x)\big) = 0.

Une fonction de dérivée nulle sur R\mathbb{R} est constante ; or g(0)=exp(0)2=1g(0) = \exp(0)^2 = 1. Donc pour tout réel xx, exp(x)exp(x)=1\exp(x)\exp(-x) = 1. Deux conséquences : exp(x)\exp(x) n'est jamais nul (un produit nul aurait un facteur nul), et

exp(x)=1exp(x).\exp(-x) = \frac{1}{\exp(x)}.

Elle est strictement positive. Elle ne s'annule jamais et vaut 1>01 > 0 en 00. Mieux : elle est positive partout, et la raison tient en une ligne une fois connue la relation fonctionnelle du bloc suivant — exp(x)=exp(x2+x2)=(expx2)2\exp(x) = \exp\left(\dfrac{x}{2} + \dfrac{x}{2}\right) = \left(\exp \dfrac{x}{2}\right)^2 est un carré, donc un nombre positif ou nul ; comme exp\exp ne s'annule pas, exp(x)>0\exp(x) > 0 pour tout réel xx. Retiens le fait, il est central : une exponentielle n'est jamais négative, jamais nulle.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : la relation fonctionnelle et le nombre e

La relation fonctionnelle. C'est la propriété qui fait de l'exponentielle un outil de calcul :

Pour tous réels aa et bb, exp(a+b)=exp(a)×exp(b).\quad \exp(a + b) = \exp(a) \times \exp(b).

Démonstration par l'unicité. Fixons un réel aa et posons h(x)=exp(a+x)exp(a)h(x) = \dfrac{\exp(a + x)}{\exp(a)}, ce qui est licite puisque exp(a)0\exp(a) \neq 0. La dérivée de xexp(a+x)x \mapsto \exp(a + x) est exp(a+x)\exp(a + x) (dérivée de u(x+a)u(x + a), avec le coefficient 11 devant xx), donc h(x)=exp(a+x)exp(a)=h(x)h'(x) = \dfrac{\exp(a + x)}{\exp(a)} = h(x) ; et h(0)=exp(a)exp(a)=1h(0) = \dfrac{\exp(a)}{\exp(a)} = 1. La fonction hh vérifie donc h=hh' = h et h(0)=1h(0) = 1 : par unicité, h=exph = \exp. Autrement dit, exp(a+x)=exp(a)exp(x)\exp(a + x) = \exp(a)\exp(x) pour tout xx — c'est la relation annoncée.

Conséquence immédiate : la positivité. Avec a=b=x2a = b = \dfrac{x}{2}, la relation donne exp(x)=(expx2)20\exp(x) = \left(\exp \dfrac{x}{2}\right)^2 \geqslant 0 ; comme exp\exp ne s'annule pas, exp(x)>0\exp(x) > 0. La positivité annoncée plus haut est démontrée, sans aucun recours à la continuité.

Le nombre ee et la notation exe^x. On note e=exp(1)e = \exp(1) ; c'est un nombre irrationnel, e2,718e \approx 2{,}718. La relation fonctionnelle donne exp(2)=exp(1+1)=e×e=e2\exp(2) = \exp(1 + 1) = e \times e = e^2, puis exp(3)=e3\exp(3) = e^3, et de proche en proche exp(n)=en\exp(n) = e^n pour tout entier naturel nn ; avec exp(x)=1exp(x)\exp(-x) = \dfrac{1}{\exp(x)}, la formule s'étend aux entiers négatifs. L'exponentielle prolonge donc aux réels les puissances de ee : c'est ce qui justifie la notation exe^x pour exp(x)\exp(x), et c'est pourquoi les règles des puissances entières, vues au collège, restent vraies pour tous les exposants réels :

ea+b=eaeb,ea=1ea,eab=eaeb,(ea)n=ena (nZ),e0=1.e^{a + b} = e^a \, e^b, \qquad e^{-a} = \frac{1}{e^a}, \qquad e^{a - b} = \frac{e^a}{e^b}, \qquad \left(e^a\right)^n = e^{na} \ (n \in \mathbb{Z}), \qquad e^0 = 1.

Un piège tient dans la première : ea+be^{a + b} est un produit, jamais la somme ea+ebe^a + e^b. Contre-exemple immédiat : e0=1e^0 = 1, alors que e1+e12,718+0,368=3,086e^1 + e^{-1} \approx 2{,}718 + 0{,}368 = 3{,}086.

Sens de variation. La dérivée de exp\exp est exp\exp, strictement positive : l'exponentielle est strictement croissante sur R\mathbb{R}. Ce fait a une conséquence d'usage constant, la règle d'identification des exposants :

Pour tous réels aa et bb : ea=eb    a=b\quad e^a = e^b \iff a = b \qquad et ea<eb    a<b.\qquad e^a < e^b \iff a < b.

C'est elle qui permet de résoudre e2x+1=ex3e^{2x + 1} = e^{x - 3} sans aucun outil nouveau : les exponentielles sont égales si et seulement si les exposants le sont, et il reste une équation du premier degré. En revanche, une équation comme ex=5e^x = 5 demande une fonction réciproque, le logarithme, qui est au programme de terminale : en première, on sait seulement dire qu'elle a une solution unique, comprise entre 11 et 22 puisque e12,72<5<e27,39e^1 \approx 2{,}72 < 5 < e^2 \approx 7{,}39.

La courbe. Elle passe par (0 ; 1)(0\ ;\ 1) avec la tangente y=x+1y = x + 1, par (1 ; e)(1\ ;\ e), par (1 ; 1/e)(-1\ ;\ 1/e)1/e0,3681/e \approx 0{,}368 ; elle est entièrement au-dessus de l'axe des abscisses, monte de plus en plus vite vers la droite, et se rapproche de l'axe des abscisses vers la gauche sans jamais l'atteindre. La formalisation de ces comportements aux infinis attend la terminale.

La fonction tektt \mapsto e^{kt}. C'est la version « à vitesse kk » de l'exponentielle. Sa dérivée est

(ekt)=kekt,\left(e^{kt}\right)' = k\,e^{kt},

d'après la dérivée de tu(kt)t \mapsto u(kt) : on retrouve l'exponentielle multipliée par le coefficient de l'exposant. Le signe de cette dérivée est celui de kk : la fonction est croissante si k>0k > 0, décroissante si k<0k < 0, constante (égale à 11) si k=0k = 0. Dans tous les cas, elle reste strictement positive et vaut 11 en 00. Un modèle f(t)=Aektf(t) = A\,e^{kt} vérifie f=kff' = k f : sa vitesse de variation est proportionnelle à sa valeur, avec le coefficient kk — nous voilà revenus au point de départ de la leçon.

Le lien avec les suites géométriques. Si l'on ne regarde ekte^{kt} qu'aux instants entiers t=nt = n, on obtient la suite un=eknu_n = e^{kn}, et un+1=ek(n+1)=ekn×ek=un×eku_{n + 1} = e^{k(n + 1)} = e^{kn} \times e^k = u_n \times e^k : c'est une suite géométrique de raison eke^k. L'exponentielle est la version continue de la croissance géométrique — augmenter de 2%2\,\% par an, c'est multiplier par 1,021{,}02 chaque année, et il existe un kk tel que ek=1,02e^k = 1{,}02.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : simplifier, résoudre, modéliser

Énoncé. 1) Simplifier e3x×ex+2e2\dfrac{e^{3x} \times e^{-x + 2}}{e^{2}}. 2) Résoudre dans R\mathbb{R} l'équation e2x+1=ex3e^{2x + 1} = e^{x - 3}. 3) Dans une culture, le nombre de bactéries au bout de tt heures est modélisé par N(t)=800e0,25tN(t) = 800\,e^{0{,}25\,t}. Calculer N(6)N(6), puis la vitesse d'accroissement N(6)N'(6), et interpréter.

1) Simplifier : l'algèbre des exposants.

Un produit d'exponentielles ajoute les exposants, un quotient les soustrait :

e3x×ex+2e2=e3x+(x+2)e2=e2x+2e2=e2x+22=e2x.\frac{e^{3x} \times e^{-x + 2}}{e^{2}} = \frac{e^{3x + (-x + 2)}}{e^{2}} = \frac{e^{2x + 2}}{e^{2}} = e^{2x + 2 - 2} = e^{2x}.

Aucune valeur numérique n'a été calculée : tout est exact. On peut aussi écrire e2x=(ex)2e^{2x} = \left(e^x\right)^2, puisqu'une puissance multiplie les exposants.

2) Résoudre : l'identification des exposants.

Étape 1 — invoquer la stricte croissance. L'exponentielle est strictement croissante sur R\mathbb{R}, donc deux exponentielles sont égales si et seulement si leurs exposants sont égaux :

e2x+1=ex3    2x+1=x3.e^{2x + 1} = e^{x - 3} \iff 2x + 1 = x - 3.

Étape 2 — résoudre l'équation du premier degré. 2xx=312x - x = -3 - 1, soit x=4x = -4.

Étape 3 — contrôler. Pour x=4x = -4 : exposant de gauche 2×(4)+1=72 \times (-4) + 1 = -7, exposant de droite 43=7-4 - 3 = -7 ✔. L'unique solution est 4-4. Aucun logarithme n'a été nécessaire — et aucun n'était disponible.

3) Modéliser : calcul, arrondi, interprétation.

Étape 1 — l'image. N(6)=800e0,25×6=800e1,5N(6) = 800\,e^{0{,}25 \times 6} = 800\,e^{1{,}5}. C'est la valeur exacte. À la calculatrice, e1,54,4817e^{1{,}5} \approx 4{,}4817 (on garde plus de chiffres que la précision finale), donc

N(6)800×4,481735853,59×103.N(6) \approx 800 \times 4{,}4817 \approx 3\,585 \approx 3{,}59 \times 10^3.

Au bout de 66 heures, la culture compte environ 35903\,590 bactéries (à trois chiffres significatifs).

Étape 2 — la dérivée. N(t)=800×0,25e0,25t=200e0,25tN'(t) = 800 \times 0{,}25\,e^{0{,}25\,t} = 200\,e^{0{,}25\,t} : le coefficient 0,250{,}25 de l'exposant vient en facteur. Donc N(6)=200e1,5200×4,4817896N'(6) = 200\,e^{1{,}5} \approx 200 \times 4{,}4817 \approx 896.

Étape 3 — interpréter. N(6)896N'(6) \approx 896 est un nombre de bactéries par heure : à l'instant t=6t = 6 h, la population augmente au rythme d'environ 900900 bactéries par heure. On remarque que N(t)=0,25×N(t)N'(t) = 0{,}25 \times N(t) : à chaque instant, la vitesse d'accroissement vaut un quart de la population — c'est exactement la propriété qui a servi à définir l'exponentielle. Et comme k=0,25>0k = 0{,}25 > 0, NN est croissante ; comme une exponentielle est strictement positive, N(t)N(t) ne s'annule jamais, même si l'on remonte à des tt négatifs.

Le moment décisif : à l'étape 2, écrire N(t)=800e0,25tN'(t) = 800\,e^{0{,}25\,t} — sans le facteur 0,250{,}25 — est l'erreur la plus fréquente. Seule tett \mapsto e^{t} est sa propre dérivée ; ekte^{kt} se dérive en kektk\,e^{kt}, et c'est ce kk qui porte toute la physique du modèle.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : la courbe et ses tangentes

Figure (SVG programmatique à produire) : trois panneaux — la courbe de l'exponentielle avec la propriété qui la définit, l'effet du coefficient kk, et le pont avec les suites géométriques.

  • Panneau 1 — y=exy = e^x et ses tangentes. Repère orthonormé, xx de 3-3 à 2,22{,}2, yy de 1-1 à 88. La courbe, entièrement au-dessus de l'axe des abscisses, passe par les points cotés (1 ; 0,37)(-1\ ;\ 0{,}37), (0 ; 1)(0\ ;\ 1), (1 ; 2,72)(1\ ;\ 2{,}72) et (2 ; 7,39)(2\ ;\ 7{,}39), avec la mention « e2,718e \approx 2{,}718 » près du point (1 ; e)(1\ ;\ e). La tangente en (0 ; 1)(0\ ;\ 1) est tracée en trait épais : la droite y=x+1y = x + 1, avec un triangle de pente en tirets (une unité à droite, une unité en haut) coté « pente 1=e01 = e^0 ». Une seconde tangente, plus fine, au point (1 ; e)(1\ ;\ e), avec un triangle de pente coté « pente e2,72e \approx 2{,}72 = l'ordonnée du point ». Cartouche : « en tout point, pente de la tangente = ordonnée : exp=exp\exp' = \exp ». Vers la gauche, la courbe s'écrase sur l'axe avec la mention « se rapproche de 00 sans l'atteindre ».
  • Panneau 2 — tektt \mapsto e^{kt} selon kk. Même repère, trois courbes passant toutes par (0 ; 1)(0\ ;\ 1) : e0,5te^{0{,}5\,t} (croissante, trait plein), e0,5te^{-0{,}5\,t} (décroissante, trait tireté), et la droite horizontale y=1y = 1 pour k=0k = 0 (trait fin). Les deux courbes sont symétriques l'une de l'autre par rapport à l'axe des ordonnées. Cartouche : « k>0k > 0 : croissante ; k<0k < 0 : décroissante ; toujours >0> 0 ». Sous le panneau, la dérivée écrite : « (ekt)=kekt\left(e^{kt}\right)' = k\,e^{kt} ».
  • Panneau 3 — du continu au discret. La courbe y=e0,5ty = e^{0{,}5\,t} seule, et sur elle des disques pleins aux abscisses entières t=0,1,2,3,4t = 0, 1, 2, 3, 4, d'ordonnées 11 ; 1,651{,}65 ; 2,722{,}72 ; 4,484{,}48 ; 7,397{,}39. Entre deux disques consécutifs, une flèche courbe cotée « ×e0,51,65\times\, e^{0{,}5} \approx 1{,}65 ». Cartouche : « la suite un=e0,5nu_n = e^{0{,}5\,n} est géométrique de raison e0,5e^{0{,}5} ».

Ce qu'il faut lire. Le panneau 1 montre la définition en acte : la tangente en (0 ; 1)(0\ ;\ 1) a pour pente 11, et chaque tangente a pour pente l'ordonnée de son point — la courbe monte d'autant plus vite qu'elle est haute. Le panneau 2 isole le rôle de kk : le signe décide du sens de variation, la valeur absolue de la rapidité, et rien ne peut faire passer la courbe sous l'axe. Le panneau 3 relie la leçon au chapitre des suites : lue aux instants entiers, une exponentielle est une suite géométrique.

La figure en détail : à gauche, une courbe qui monte de plus en plus vite, toujours au-dessus de l'axe horizontal, qu'elle rase vers la gauche sans jamais le toucher ; elle passe par le point d'abscisse zéro et de hauteur un, où une droite épaisse la touche en montant d'une unité par unité (un petit triangle en tirets le montre), et par le point d'abscisse un et de hauteur environ deux virgule soixante-douze, où une seconde droite, plus fine, la touche avec une pente égale à cette hauteur. Au centre, trois courbes qui passent toutes par le point de hauteur un en abscisse zéro : une qui monte, une qui descend, symétrique de la première par rapport à l'axe vertical, et une droite horizontale à la hauteur un. À droite, la courbe montante seule, avec cinq disques aux abscisses entières de zéro à quatre, de hauteurs un ; un virgule soixante-cinq ; deux virgule soixante-douze ; quatre virgule quarante-huit ; sept virgule trente-neuf, et, entre deux disques consécutifs, une flèche courbe indiquant que chaque hauteur vaut environ un virgule soixante-cinq fois la précédente.

La fonction exponentielle : tangentes de pente égale à l’ordonnée, effet du coefficient k, suite géométrique aux entiers — Trois panneaux de même échelle, y de −1 à 8. Panneau 1 : repère orthonormé, x de −3 à 2,2

Bloc 5 sur 7 · Formules

Les relations à retenir

  • exp=exp,exp(0)=1(deˊfinition ; existence et uniciteˊ admises)\exp' = \exp, \qquad \exp(0) = 1 \qquad \text{(définition ; existence et unicité admises)}
  • ea+b=eaeb,ea=1ea,eab=eaeb,(ea)n=enae^{a + b} = e^a\,e^b, \qquad e^{-a} = \frac{1}{e^a}, \qquad e^{a - b} = \frac{e^a}{e^b}, \qquad \left(e^a\right)^n = e^{na}
  • ex>0  pour tout reˊel x,e0=1,e=e12,718e^x > 0 \ \text{ pour tout réel } x, \qquad e^0 = 1, \qquad e = e^1 \approx 2{,}718
  • ea=eb    a=b,ea<eb    a<b(stricte croissance)e^a = e^b \iff a = b, \qquad e^a < e^b \iff a < b \qquad \text{(stricte croissance)}
  • (ekt)=kekt,(Aekt)=kAekt\left(e^{kt}\right)' = k\,e^{kt}, \qquad \left(A\,e^{kt}\right)' = kA\,e^{kt}
  • un=ekn  est geˊomeˊtrique de raison eku_n = e^{kn} \ \text{ est géométrique de raison } e^k
Tableau : Ce que tu cherches, Ce que tu fais, Point de vigilance
Ce que tu cherchesCe que tu faisPoint de vigilance
Simplifier un produit eaebe^a e^bajouter les exposantsjamais ea+ebe^a + e^b
Simplifier une puissance (ea)n(e^a)^nmultiplier les exposantsne pas les ajouter
Résoudre eu=eve^{u} = e^{v}identifier : u=vu = vvalable car exp\exp est strictement croissante
Résoudre ex=5e^x = 5attendre la terminaleencadrer seulement : entre 11 et 22
Dériver AektA\,e^{kt}kAektkA\,e^{kt}le facteur kk est obligatoire
Sens de variation de ekte^{kt}signe de kkla fonction reste positive

Domaine de validité. L'exponentielle est définie et dérivable sur R\mathbb{R} tout entier : tout réel a une image, et cette image est strictement positive. Les règles algébriques valent pour tous les exposants réels ; la règle (ea)n=ena(e^a)^n = e^{na} est énoncée pour nn entier relatif en première. L'identification des exposants ne vaut que pour l'égalité de deux exponentielles : eu=eve^{u} = e^{v} — pas pour eu=5e^u = 5, ni pour eu+ev=3e^u + e^v = 3.

Écritures. exp(x)\exp(x) et exe^x désignent la même chose ; la seconde est la plus courante. Une valeur numérique d'exponentielle est presque toujours un arrondi et se note avec \approx : e1,54,48e^{1{,}5} \approx 4{,}48. La valeur exacte est e1,5e^{1{,}5} lui-même, et c'est elle que l'on garde tant que l'énoncé ne demande pas d'arrondir. Dans un modèle AektA\,e^{kt}, AA est la valeur en t=0t = 0 et kk le taux instantané, dans l'unité inverse de celle de tt (par heure, par an).

Contrôles gratuits. Une solution de eu=eve^u = e^v se vérifie en recalculant les deux exposants. Une dérivée de AektA\,e^{kt} se contrôle par f=kff' = k f. Et tout résultat négatif ou nul pour une exponentielle est faux avant même d'être vérifié.

Bloc 6 sur 7 · Pièges

Pièges fréquents

  1. Écrire ea+b=ea+ebe^{a + b} = e^a + e^b. La relation fonctionnelle transforme une somme d'exposants en produit d'exponentielles. Contre-exemple : e0=1e^0 = 1, mais e1+e13,09e^1 + e^{-1} \approx 3{,}09. Dans l'autre sens, ea+ebe^a + e^b ne se simplifie pas en une seule exponentielle — et ex+ex=2exe^x + e^x = 2e^x, pas e2xe^{2x}.
  2. Croire que l'exponentielle peut être négative ou nulle. ex>0e^x > 0 pour tout réel xx, y compris négatif : e3=1e30,05e^{-3} = \dfrac{1}{e^3} \approx 0{,}05, petit mais positif. Un modèle AektA\,e^{kt} avec k<0k < 0 décroît sans jamais atteindre 00. Une réponse négative pour une exponentielle est fausse d'office.
  3. Dériver e2xe^{2x} en e2xe^{2x}. Seule xexx \mapsto e^x est sa propre dérivée. Pour ekxe^{kx}, le coefficient de l'exposant vient en facteur : (e2x)=2e2x\left(e^{2x}\right)' = 2e^{2x}. Oublier ce facteur, c'est dire qu'une population qui double deux fois plus vite croît à la même vitesse.
  4. Appliquer la règle des puissances (xn)=nxn1\left(x^n\right)' = n\,x^{n - 1} à exe^x. Dans xnx^n, la variable est la base ; dans exe^x, elle est l'exposant. Écrire (ex)=xex1\left(e^x\right)' = x\,e^{x - 1} est un contresens : la dérivée de exe^x est exe^x.
  5. Confondre (ex)2(e^x)^2 et ex2e^{x^2}. (ex)2=ex×ex=e2x(e^x)^2 = e^x \times e^x = e^{2x} (les exposants s'ajoutent). ex2e^{x^2} est tout autre chose : l'exponentielle de x2x^2. Les parenthèses ne sont pas décoratives.
  6. Vouloir résoudre ex=5e^x = 5 en première. L'outil manque : c'est le logarithme, en terminale. On peut seulement affirmer qu'il existe une unique solution (stricte croissance) et l'encadrer par des valeurs de ene^n connues. L'identification des exposants ne s'applique qu'à une égalité de deux exponentielles.
  7. Oublier que e0=1e^0 = 1, pas 00. Toute exponentielle AektA\,e^{kt} vaut AA en t=0t = 0 : c'est ce qui donne à AA son sens de « valeur initiale ». Un calcul qui aboutit à e0=0e^0 = 0 ou e0=ee^0 = e est à reprendre.
  8. Soustraire les exposants dans le mauvais sens. eaeb=eab\dfrac{e^a}{e^b} = e^{a - b} : l'exposant du dénominateur est retranché. Avec a=2a = 2 et b=5b = 5, on obtient e3e^{-3}, pas e3e^{3} — et le résultat doit être inférieur à 11 puisque e2<e5e^2 < e^5.

Bloc 7 sur 7 · Vérifier

Vérifier : résoudre une équation avec exponentielles

Le modèle. L'exercice associé à cette leçon tire l'une de deux familles : résoudre une équation epx+q=erx+se^{px + q} = e^{rx + s} par identification des exposants (réponse exacte, entière, sans logarithme), ou calculer la valeur d'un modèle AektA\,e^{kt} en contexte — bactéries, médicament dans le sang, population — avec une réponse arrondie à trois chiffres significatifs, le corrigé concluant sur le sens de variation et la positivité. Un second modèle, voisin, fait choisir la bonne simplification de eaebe^a e^b, eaeb\dfrac{e^a}{e^b}, (ea)n(e^a)^n, ou la bonne dérivée de tAektt \mapsto A\,e^{kt}, parmi quatre expressions calculées.

Énoncé type. Résoudre dans R\mathbb{R} l'équation e3x2=ex+4e^{3x - 2} = e^{x + 4}.

Corrigé complet.

1. Justifier l'identification. La fonction exponentielle est strictement croissante sur R\mathbb{R} : deux exponentielles sont égales si et seulement si leurs exposants sont égaux. L'équation équivaut donc à

3x2=x+4.3x - 2 = x + 4.

2. Résoudre l'équation du premier degré. 3xx=4+23x - x = 4 + 2, soit 2x=62x = 6, d'où x=3x = 3.

3. Contrôler. Pour x=3x = 3 : l'exposant de gauche vaut 3×32=73 \times 3 - 2 = 7, celui de droite 3+4=73 + 4 = 7. Les deux membres valent e7e^7 ✔. L'unique solution est 33.

4. Situer. Sans la stricte croissance, l'étape 1 ne serait pas justifiée : c'est elle qui garantit qu'une valeur de l'exponentielle n'est atteinte qu'une fois, donc que l'égalité des images force l'égalité des exposants. Et si l'énoncé avait été e3x2=7e^{3x - 2} = 7, la première ne saurait pas conclure : il faudrait le logarithme.

Auto-contrôle : vérifie que tu as bien écrit la justification (stricte croissance) avant d'identifier, que l'équation du premier degré a été résolue avec ses signes, et que la valeur trouvée redonne le même exposant des deux côtés. Sur la famille « modèle », vérifie en plus que l'exposant k×tk \times t a été calculé avant l'exponentielle, que l'arrondi n'intervient qu'à la fin, et que ta réponse est positive.

Sources

  • BO spécial n°1 du 22 janvier 2019 — programme de spécialité mathématiques de première générale, partie « Analyse », section « Fonction exponentielle » (définition par f' = f et f(0) = 1, relation fonctionnelle, nombre e, fonction t ↦ e^{kt})
  • J. Stewart, Analyse — concepts et contextes, De Boeck — chapitre 1, « Fonctions et modèles » (fonctions exponentielles) et chapitre 3, « Règles de dérivation » (le nombre e défini par la pente 1 en 0)

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