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Mathématiques · Licence 1 · 22 min de lecture

Développements limités : remplacer par un polynôme

Formule de Taylor-Young, DL usuels en 0 (e^x, ln(1+x), (1+x)^α, sin, cos), opérations sur les DL, applications aux limites et équivalents.

Chapitre du programme : Analyse

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : approcher une fonction par un polynôme

Tu sais déjà remplacer une fonction par une droite : c'est la tangente. Si ff est dérivable en 00, alors f(x)f(x) vaut f(0)+f(0)xf(0) + f'(0)\,x, à une erreur près qui tend vers 00 plus vite que xx. Cette approximation est excellente… tant qu'on reste très près de 00, et tant qu'on ne cherche pas mieux qu'un ordre 11. Dès qu'une limite se présente sous la forme 00\frac{0}{0} avec un x2x^{2} au dénominateur, la tangente ne suffit plus : il faut un polynôme de degré 2, puis 3, puis nn. C'est exactement ce qu'est un développement limité.

Définition. Soit ff définie au voisinage de 00 et nNn \in \mathbb{N}. On dit que ff admet un développement limité à l'ordre nn en 00, en abrégé DLn(0)\mathrm{DL}_n(0), s'il existe des réels a0,a1,,ana_0, a_1, \ldots, a_n tels que

f(x)=a0+a1x+a2x2++anxn+o(xn)(x0).f(x) = a_0 + a_1 x + a_2 x^{2} + \cdots + a_n x^{n} + o(x^{n}) \qquad (x \to 0).

La partie polynomiale a0+a1x++anxna_0 + a_1 x + \cdots + a_n x^{n} s'appelle la partie régulière, et o(xn)o(x^{n}) le reste.

Que veut dire le reste ? L'écriture o(xn)o(x^{n}) — « petit o de xnx^{n} » — désigne une fonction ε(x)xn\varepsilon(x)\,x^{n}ε(x)\varepsilon(x) tend vers 00 quand xx tend vers 00. Autrement dit : l'erreur commise en remplaçant ff par son polynôme est négligeable devant xnx^{n}. Ce n'est PAS « l'erreur est nulle », ni « l'erreur est petite » : c'est une comparaison, et une comparaison locale, valable au voisinage de 00 et nulle part ailleurs.

Pourquoi une telle écriture est-elle utile ? Parce qu'un polynôme, on sait tout en faire : l'additionner, le multiplier, le composer, repérer son terme de plus bas degré. Une fonction transcendante comme exe^{x} ou ln(1+x)\ln(1+x), non. Le développement limité est donc un traducteur : il transforme un problème d'analyse en un calcul de polynômes, et le reste porte la trace de ce qu'on a jeté.

Le théorème qui les fabrique.

Formule de Taylor-Young. Si ff est nn fois dérivable en 00, alors

f(x)=k=0nf(k)(0)k!xk+o(xn).f(x) = \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(0)}{k!}\,x^{k} + o(x^{n}).

Elle donne la partie régulière en fonction des dérivées successives, et elle explique d'un coup tous les développements usuels : le coefficient de xkx^{k} n'est autre que f(k)(0)/k!f^{(k)}(0)/k!. Elle est locale : elle décrit ce qui se passe au voisinage de 00, elle ne majore l'erreur nulle part.

Le point qui rend tout le calcul licite.

Unicité. Si ff admet un DLn(0)\mathrm{DL}_n(0), sa partie régulière est unique.

Sans ce résultat, rien ne serait possible : c'est lui qui autorise à obtenir un développement par n'importe quel chemin — dérivation, produit, composition, astuce — et à identifier ensuite les coefficients terme à terme, comme on identifie deux polynômes égaux. Deux corollaires utiles : si ff est paire, tous les coefficients d'indice impair sont nuls ; si ff est impaire, tous ceux d'indice pair le sont. C'est pourquoi le développement de cos\cos ne contient que des puissances paires, celui de sin\sin que des impaires — et c'est un contrôle gratuit sur toute copie.

Les six développements à connaître par cœur. Ils s'obtiennent tous par Taylor-Young, et on ne les redémontre plus :

ex=1+x+x22+x36+o(x3),ln(1+x)=xx22+x33+o(x3),e^{x} = 1 + x + \frac{x^{2}}{2} + \frac{x^{3}}{6} + o(x^{3}), \qquad \ln(1+x) = x - \frac{x^{2}}{2} + \frac{x^{3}}{3} + o(x^{3}),
sinx=xx36+o(x4),cosx=1x22+x424+o(x5),\sin x = x - \frac{x^{3}}{6} + o(x^{4}), \qquad \cos x = 1 - \frac{x^{2}}{2} + \frac{x^{4}}{24} + o(x^{5}),
(1+x)α=1+αx+α(α1)2x2+o(x2),11x=1+x+x2+x3+o(x3).(1+x)^{\alpha} = 1 + \alpha x + \frac{\alpha(\alpha-1)}{2}x^{2} + o(x^{2}), \qquad \frac{1}{1-x} = 1 + x + x^{2} + x^{3} + o(x^{3}).

Ces six lignes sont l'outillage complet de la leçon. Tout le reste s'en déduit par les opérations du bloc suivant.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : les opérations, et leurs conditions

Un développement limité se manipule comme un polynôme — à une discipline près : on tronque à l'ordre voulu, et le reste absorbe tout ce qui est plus petit. Voici les quatre opérations, avec ce qui les rend légitimes.

Somme. Si ff et gg ont un DLn(0)\mathrm{DL}_n(0), alors f+gf + g aussi, et on ajoute les parties régulières terme à terme. Aucune condition. Attention seulement à l'ordre : la somme n'est développée qu'à l'ordre du moins bon des deux.

Produit. On multiplie les deux parties régulières, puis on jette tous les termes de degré strictement supérieur à nn. Ils ne sont pas superflus, ils sont faux : en tronquant chaque facteur à l'ordre nn, on a déjà perdu les contributions de degré n+1n+1 qui viendraient s'y ajouter. Exemple, à l'ordre 22 :

e2xcos(3x)=(1+2x+2x2+o(x2))(19x22+o(x2))=1+2x+(292)x2+o(x2)=1+2x5x22+o(x2).e^{2x}\cos(3x) = \left(1 + 2x + 2x^{2} + o(x^{2})\right)\left(1 - \frac{9x^{2}}{2} + o(x^{2})\right) = 1 + 2x + \left(2 - \frac{9}{2}\right)x^{2} + o(x^{2}) = 1 + 2x - \frac{5x^{2}}{2} + o(x^{2}).

Composition — la seule opération à condition. Pour développer f(u(x))f(u(x)) en substituant le DL de uu dans celui de ff, il faut que u(x)u(x) tende vers 00 quand xx tend vers 00, c'est-à-dire u(0)=0u(0) = 0. La raison est immédiate : le développement de ff dont on dispose est un développement en 00, il ne décrit ff qu'au voisinage de 00. Substituer une fonction intérieure qui tend vers 11 dans le DL de ln(1+u)\ln(1+u) n'a aucun sens.

esinx=1+(xx36)+12(xx36)2+16x3+o(x3)=1+x+x22+o(x3),e^{\sin x} = 1 + \left(x - \frac{x^{3}}{6}\right) + \frac{1}{2}\left(x - \frac{x^{3}}{6}\right)^{2} + \frac{1}{6}\,x^{3} + o(x^{3}) = 1 + x + \frac{x^{2}}{2} + o(x^{3}),

où l'on a jeté, dans chaque carré et chaque cube, tout ce qui dépasse le degré 33. Vérification du coefficient de x3x^{3} : 16-\frac{1}{6} (issu du sinus), plus 00 (le double produit du carré est en x4x^{4}), plus 16\frac{1}{6} (issu du cube) — total nul.

Quotient. Deux méthodes, au choix. Soit on écrit 11+v\dfrac{1}{1+v} avec vv tendant vers 00 et on compose avec le DL de 11x\dfrac{1}{1-x} ; soit on pose le quotient comme une division suivant les puissances croissantes. La condition est toujours la même : le dénominateur ne doit pas s'annuler en 00 — sinon on factorise d'abord la puissance de xx fautive.

Intégration et dérivation. On peut intégrer un DL terme à terme (le reste o(xn)o(x^{n}) s'intègre en o(xn+1)o(x^{n+1})), à condition d'ajouter la constante f(0)f(0). C'est ainsi qu'on retrouve ln(1+x)\ln(1+x) en intégrant 11+x\dfrac{1}{1+x}. En revanche, on ne dérive pas un DL : l'existence d'un DLn\mathrm{DL}_n de ff n'entraîne pas celle d'un DLn1\mathrm{DL}_{n-1} de ff'. On dérive la FONCTION, puis on développe.

---

À quoi servent-ils ? Trois usages, dans cet ordre d'importance.

1. Lever une forme indéterminée. C'est l'usage massif. Une limite en 00\frac{0}{0} se traite en développant numérateur et dénominateur au même ordre, celui du terme de plus bas degré non nul. Le principe : si N(x)=axp+o(xp)N(x) = a x^{p} + o(x^{p}) et D(x)=bxq+o(xq)D(x) = b x^{q} + o(x^{q}) avec aa et bb non nuls, alors

N(x)D(x)0abxpq.\frac{N(x)}{D(x)} \underset{0}{\sim} \frac{a}{b}\,x^{p-q}.

La limite est donc a/ba/b si p=qp = q, elle est nulle si p>qp > q, infinie si p<qp < q. Toute la difficulté pratique tient dans le choix de l'ordre : trop bas, on obtient 00\frac{0}{0} à nouveau et on conclut faussement ; trop haut, on calcule pour rien.

2. Produire un équivalent. Le premier terme non nul d'un DL est un équivalent de la fonction : si f(x)=apxp+o(xp)f(x) = a_p x^{p} + o(x^{p}) avec apa_p non nul, alors f(x)apxpf(x) \sim a_p x^{p} au voisinage de 00. C'est la passerelle avec les relations de comparaison vues juste avant dans le cycle. Attention : un équivalent se multiplie et se divise, il ne s'ajoute pas — c'est précisément parce que la somme de deux équivalents est fausse qu'on garde le DL complet plutôt que le seul premier terme.

3. Situer une courbe par rapport à sa tangente. Si f(x)=f(0)+f(0)x+apxp+o(xp)f(x) = f(0) + f'(0)x + a_p x^{p} + o(x^{p}) avec apa_p non nul et p2p \ge 2, alors la tangente en 00 a pour équation y=f(0)+f(0)xy = f(0) + f'(0)x, et le signe de apxpa_p x^{p} donne la position locale de la courbe : au-dessus si ce terme est positif, au-dessous sinon. Si pp est pair, la courbe reste du même côté ; si pp est impair, elle traverse la tangente — c'est un point d'inflexion.

Un dernier mot sur le reste. Le o(xn)o(x^{n}) n'est pas décoratif. Écrire ex=1+x+x22e^{x} = 1 + x + \frac{x^{2}}{2} sans reste est faux : les deux membres ne sont égaux pour aucun xx non nul. Écrire ex=1+x+x22+o(x2)e^{x} = 1 + x + \frac{x^{2}}{2} + o(x^{2}) est vrai, et cette vérité est locale. Un DL ne dit rien de ff en dehors du voisinage de 00, et n'autorise donc jamais à conclure sur une limite en l'infini.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : une limite levée par un DL

Énoncé. Calculer, si elle existe, la limite en 00 de

g(x)=e3x13xx2.g(x) = \frac{e^{3x} - 1 - 3x}{x^{2}}.

Reprendre ensuite le calcul avec le numérateur e3x1e^{3x} - 1 seul, et expliquer ce qui change. Enfin, déterminer le coefficient de x2x^{2} dans le développement limité en 00 de h(x)=e2xcos(3x)h(x) = e^{2x}\cos(3x).

---

1. Reconnaître la forme. Quand xx tend vers 00 : e3xe^{3x} tend vers 11, donc le numérateur tend vers 110=01 - 1 - 0 = 0, et le dénominateur tend vers 00. C'est une forme indéterminée 00\frac{0}{0}. Le dénominateur est exactement x2x^{2} : il faut donc développer le numérateur à l'ordre 2, pas moins.

2. Développer le numérateur. On part du DL usuel de l'exponentielle et on compose avec u=3xu = 3x, licite puisque 3x3x tend vers 00 :

e3x=1+(3x)+(3x)22+o(x2)=1+3x+9x22+o(x2).e^{3x} = 1 + (3x) + \frac{(3x)^{2}}{2} + o(x^{2}) = 1 + 3x + \frac{9x^{2}}{2} + o(x^{2}).

Donc

e3x13x=9x22+o(x2).e^{3x} - 1 - 3x = \frac{9x^{2}}{2} + o(x^{2}).

Les termes 11 et 3x3x se sont exactement annulés : c'est ce que l'énoncé avait organisé, et c'est pourquoi l'ordre 22 était nécessaire — à l'ordre 11, le numérateur se serait réduit à o(x)o(x), information insuffisante.

3. Diviser.

g(x)=9x22+o(x2)x2=92+o(x2)x2=92+o(1)x092=4,5.g(x) = \frac{\frac{9x^{2}}{2} + o(x^{2})}{x^{2}} = \frac{9}{2} + \frac{o(x^{2})}{x^{2}} = \frac{9}{2} + o(1) \xrightarrow[x \to 0]{} \frac{9}{2} = 4{,}5.

Le passage de o(x2)x2\frac{o(x^{2})}{x^{2}} à o(1)o(1) est la définition même du petit o : une quantité négligeable devant x2x^{2}, divisée par x2x^{2}, tend vers 00.

Réponse : la limite en 00 de gg vaut 4,54{,}5.

4. Le numérateur tronqué. Avec e3x1e^{3x} - 1 au numérateur :

e3x1x2=3x+9x22+o(x2)x2=3x+92+o(1).\frac{e^{3x} - 1}{x^{2}} = \frac{3x + \frac{9x^{2}}{2} + o(x^{2})}{x^{2}} = \frac{3}{x} + \frac{9}{2} + o(1).

Le terme de plus bas degré du numérateur est maintenant 3x3x, de degré 1<21 < 2 : le quotient est équivalent à 3x\dfrac{3}{x} et diverge, vers ++\infty à droite de 00, vers -\infty à gauche. Il n'y a pas de limite. Moralité : ce n'est pas la fonction du dessus qui décide, c'est l'écart entre les ordres du numérateur et du dénominateur.

5. Le coefficient de x2x^{2} dans e2xcos(3x)e^{2x}\cos(3x). On développe chaque facteur à l'ordre 22 — inutile d'aller plus loin, on ne veut qu'un coefficient de x2x^{2} :

e2x=1+2x+(2x)22+o(x2)=1+2x+2x2+o(x2),cos(3x)=1(3x)22+o(x2)=19x22+o(x2).e^{2x} = 1 + 2x + \frac{(2x)^{2}}{2} + o(x^{2}) = 1 + 2x + 2x^{2} + o(x^{2}), \qquad \cos(3x) = 1 - \frac{(3x)^{2}}{2} + o(x^{2}) = 1 - \frac{9x^{2}}{2} + o(x^{2}).

Dans le produit, le terme en x2x^{2} vient de trois croisements : 11 multiplié par 9x22-\frac{9x^{2}}{2} ; 2x2x multiplié par le terme de degré 11 du cosinus, qui est nul ; et 2x22x^{2} multiplié par 11. D'où

coefficient de x2 = 292 = 52 = 2,5.\text{coefficient de } x^{2} \ = \ 2 - \frac{9}{2} \ = \ -\frac{5}{2} \ = \ -2{,}5.

Contrôle de cohérence : h(0)=1h(0) = 1 et h(0)=2h'(0) = 2 (le cosinus est plat en 00), et le coefficient trouvé est négatif, donc la courbe de hh passe au-dessous de sa tangente d'équation y=1+2xy = 1 + 2x au voisinage de 00 — ce que confirme le fait que cos(3x)\cos(3x) chute vite dès qu'on s'écarte de l'origine.

Contrôle général. Trois réflexes, dans cet ordre. (a) Le numérateur et le dénominateur sont-ils développés au même ordre ? (b) Après simplification, reste-t-il une forme indéterminée ? Si oui, l'ordre était trop bas : on recommence un cran plus haut, jamais on ne conclut. (c) La réponse est-elle un nombre fini ? Si le terme de plus bas degré du numérateur est de degré strictement inférieur à celui du dénominateur, la réponse est une divergence, et le dire est la bonne réponse.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : une fonction et ses polynômes de Taylor

Figure (fig.math.taylor-expansions, SVG programmatique à produire) : deux panneaux, l'approximation à gauche, l'erreur à droite.

  • Panneau gauche — les approximations successives. Repère orthonormé, xx de 1,5-1{,}5 à 1,51{,}5, yy de 0,5-0{,}5 à 4,54{,}5, axes gradués et passant par l'origine. Quatre courbes : celle de xexx \mapsto e^{x} en trait plein épais, puis P1(x)=1+xP_1(x) = 1 + x (la tangente), P2(x)=1+x+x22P_2(x) = 1 + x + \frac{x^{2}}{2} et P3(x)=1+x+x22+x36P_3(x) = 1 + x + \frac{x^{2}}{2} + \frac{x^{3}}{6}, chacune dans un style de trait distinct — pointillé court, tirets, tirets-points — et étiquetée en bout de courbe par son ordre. Aucune information ne repose sur la seule couleur : le style de trait et l'étiquette suffisent à identifier chaque courbe en noir et blanc. Une bande verticale grisée autour de x=0x = 0, de 0,3-0{,}3 à 0,30{,}3, portant la mention « voisinage de 0 : les quatre courbes sont confondues à l'œil ». Un cartouche : « plus l'ordre monte, plus longtemps la courbe reste collée ».
  • Panneau droit — l'erreur, en échelle logarithmique. Axe horizontal : xx de 00 à 11. Axe vertical : l'écart exPn(x)\lvert e^{x} - P_n(x)\rvert, échelle logarithmique de 10810^{-8} à 11, décades étiquetées. Trois courbes d'erreur, pour n=1n = 1, 22, 33, dans les mêmes styles de trait qu'à gauche. Trois droites de référence en pointillé fin, de pentes 22, 33 et 44 dans cette échelle, légendées « x2x^{2} », « x3x^{3} », « x4x^{4} ». Une flèche pointant la zone x<0,1x < 0{,}1 : « l'erreur du développement d'ordre nn décroît comme xn+1x^{n+1} ».
  • Bandeau du bas : deux vignettes. À gauche, la courbe de ln(1+x)\ln(1+x) et son développement d'ordre 11, avec la mention « la tangente : un DL d'ordre 1 ». À droite, la même courbe et une substitution barrée : « composer avec une fonction intérieure qui ne tend pas vers 00 : le DL de départ ne décrit pas ce voisinage ».

Ce qu'il faut lire. Le panneau gauche montre POURQUOI un DL est utile — près de 00, un polynôme de degré 33 est indiscernable de l'exponentielle — et le panneau droit montre en quel SENS : l'erreur ne devient pas nulle, elle devient négligeable devant xnx^{n}, et le pas d'une décade sur les droites de référence donne à ce « négligeable » un contenu mesurable. Le bandeau rappelle enfin les deux bornes de l'outil : un DL est local, et sa composition exige que la fonction intérieure tende vers 00.

La figure en détail : la figure comprend deux graphiques côte à côte. À gauche, dans un repère où l'abscisse va de moins un et demi à un et demi, la courbe de l'exponentielle est tracée en trait plein épais, accompagnée de trois polynômes qui l'approchent : la droite d'équation un plus x, la parabole un plus x plus x carré sur deux, et la cubique qui lui ajoute x cube sur six, chacun dans un style de trait différent et étiqueté par son ordre. Une bande verticale grisée entoure l'origine et indique que, sur cette plage, les quatre tracés se confondent à l'œil ; plus l'ordre augmente, plus la courbe approchante reste proche de l'exponentielle loin de l'origine. À droite, un second graphique porte en abscisse x entre zéro et un, et en ordonnée, sur une échelle logarithmique allant de un cent-millionième à un, l'écart entre l'exponentielle et chacun des trois polynômes. Les trois courbes d'erreur y sont des droites presque parfaites, de pentes croissantes, comparées à trois droites de référence correspondant à x carré, x cube et x puissance quatre : l'erreur du développement d'ordre n décroît comme x puissance n plus un. En bas, deux vignettes rappellent qu'une tangente n'est rien d'autre qu'un développement limité d'ordre un, et qu'on ne peut pas substituer, dans un développement écrit en zéro, une fonction intérieure qui ne tend pas vers zéro.

Développements limités de eˣ en 0 : les approximations successives, puis l’erreur en échelle logarithmique — Deux panneaux et un bandeau. (1) À gauche, repère orthonormé, x de −1,5 à 1,5, y de −0,5 à 4,5, axes passant par l'origine : la co…

Bloc 5 sur 7 · Formules

Ce qu'il faut retenir

  • f(x)=k=0nf(k)(0)k!xk+o(xn)(Taylor-Young)f(x) = \sum_{k=0}^{n} \frac{f^{(k)}(0)}{k!}\,x^{k} + o(x^{n}) \quad \text{(Taylor-Young)}
  • ex=1+x+x22+x36+o(x3)e^{x} = 1 + x + \frac{x^{2}}{2} + \frac{x^{3}}{6} + o(x^{3})
  • ln(1+x)=xx22+x33+o(x3)\ln(1+x) = x - \frac{x^{2}}{2} + \frac{x^{3}}{3} + o(x^{3})
  • sinx=xx36+o(x4)cosx=1x22+x424+o(x5)\sin x = x - \frac{x^{3}}{6} + o(x^{4}) \qquad \cos x = 1 - \frac{x^{2}}{2} + \frac{x^{4}}{24} + o(x^{5})
  • (1+x)α=1+αx+α(α1)2x2+o(x2)11x=1+x+x2+x3+o(x3)(1+x)^{\alpha} = 1 + \alpha x + \frac{\alpha(\alpha-1)}{2}\,x^{2} + o(x^{2}) \qquad \frac{1}{1-x} = 1 + x + x^{2} + x^{3} + o(x^{3})
  • f(x)=apxp+o(xp), ap0    f(x)0apxpf(x) = a_p x^{p} + o(x^{p}),\ a_p \ne 0 \implies f(x) \underset{0}{\sim} a_p x^{p}
Tableau : Règle, Énoncé, Condition
RègleÉnoncéCondition
Existenceff nn fois dérivable en 00 entraîne l'existence d'un DLn(0)\mathrm{DL}_n(0)Taylor-Young ; la réciproque est fausse
Unicitéla partie régulière d'un DLn(0)\mathrm{DL}_n(0) est uniqueautorise l'identification terme à terme
Paritéff paire : coefficients impairs nuls ; ff impaire : coefficients pairs nulscontrôle gratuit sur toute copie
Sommeon additionne les parties régulièresordre égal au plus petit des deux
Produiton multiplie et on tronque au-delà du degré nnaucune
Compositionon substitue le DL de la fonction intérieureelle doit s'annuler en 00
Quotientcomposition avec le DL de 11x\dfrac{1}{1-x}, ou division suivant les puissances croissantesdénominateur non nul en 00
Intégrationterme à terme, o(xn)o(x^{n}) devient o(xn+1)o(x^{n+1})ajouter la constante f(0)f(0)
Dérivationinterdite sur le DL ; on dérive la fonction, puis on développe
Limite en 00\frac{0}{0}le quotient est équivalent à abxpq\dfrac{a}{b}x^{p-q}a0a \ne 0, b0b \ne 0

Les unités. Il n'y en a pas : xx, les coefficients et les limites sont des nombres sans dimension. En physique, on développe toujours une quantité adimensionnée — un angle en radians, un rapport de longueurs, un rapport de vitesses — jamais une longueur en mètres : c'est ce qui rend légitime, par exemple, l'approximation sinθθ\sin\theta \approx \theta du pendule simple.

Le choix de l'ordre, en pratique. Développe au plus bas ordre qui fasse apparaître un terme non nul au numérateur ET au dénominateur. Si, après simplification, il reste une forme indéterminée, l'ordre était insuffisant : recommence un cran plus haut. Si tu obtiens le résultat en calculant deux fois plus de termes que nécessaire, tu as perdu du temps, pas la note.

Ce qui n'est pas dans cette leçon. Les formules de Taylor globales (reste intégral, inégalité de Taylor-Lagrange), qui MAJORENT l'erreur sur un intervalle, et les séries entières, qui remplacent le reste par une somme infinie. Ici, le reste n'est jamais majoré : il est seulement déclaré négligeable, au voisinage de 00.

Bloc 6 sur 7 · Pièges

Pièges fréquents

  1. Oublier le reste, ou le traiter comme nul. L'égalité ex=1+x+x22e^{x} = 1 + x + \frac{x^{2}}{2} est fausse ; ex=1+x+x22+o(x2)e^{x} = 1 + x + \frac{x^{2}}{2} + o(x^{2}) est vraie. Le reste n'est pas un ornement : c'est lui qui transforme une approximation en égalité, et c'est lui qui interdit de conclure hors du voisinage de 00.
  2. Composer sans vérifier que la fonction intérieure tend vers 00. Le DL de ln(1+u)\ln(1+u) est un développement en 00 : y substituer une fonction qui tend vers 11 n'a aucun sens. Avant toute substitution, calcule la valeur en 00 de la fonction intérieure : si elle n'est pas nulle, il faut d'abord factoriser ou changer de point.
  3. Tronquer à un ordre insuffisant, puis conclure. C'est l'erreur la plus coûteuse, parce qu'elle produit un nombre — donc l'illusion d'avoir fini. Si après simplification tu retrouves 00\frac{0}{0}, tu n'as pas le droit de conclure : reprends un ordre plus haut. Le bon ordre est celui du dénominateur.
  4. Garder des termes de degré trop élevé dans un produit. Ils sont faux, pas seulement inutiles : en tronquant les facteurs à l'ordre nn, tu as déjà perdu les contributions de degré n+1n+1 qui viendraient s'y ajouter. Multiplie, puis jette tout ce qui dépasse.
  5. Dériver un développement limité. L'existence d'un DLn\mathrm{DL}_n de ff n'entraîne rien sur ff'. L'intégration terme à terme, elle, est licite, à la constante près. La règle n'est pas symétrique : retiens « on intègre, on ne dérive pas ».
  6. Additionner des équivalents. De ff1f \sim f_1 et gg1g \sim g_1 on ne peut pas déduire f+gf1+g1f + g \sim f_1 + g_1 : les termes dominants peuvent s'annuler, et c'est exactement ce qui se produit dans e3x13xe^{3x} - 1 - 3x. C'est la raison d'être des DL : ils gardent assez de termes pour survivre à une annulation.
  7. Confondre « négligeable » et « petit ». o(x2)o(x^{2}) ne veut pas dire « inférieur à x2x^{2} pour un xx donné », mais « rapport à x2x^{2} tendant vers 00 ». Aucune valeur numérique de xx ne permet de vérifier ni d'infirmer un petit o : c'est une propriété de limite.
  8. Croire qu'un DL renseigne sur le comportement en l'infini. Un développement en 00 ne décrit la fonction qu'au voisinage de 00. Pour l'infini, on pose t=1/xt = 1/x et on développe en 00 par rapport à tt — c'est un autre calcul, avec ses propres conditions.
  9. Écrire 92x2\frac{9}{2}x^{2} plutôt que 9x22\frac{9x^{2}}{2}. Sur un écran étroit, la première forme se lit « 9/2x² » et devient ambiguë. Place le monôme au numérateur ; ce n'est pas une coquetterie, c'est de la lisibilité.
  10. Redémontrer les DL usuels à chaque exercice. Les six développements du bloc « retenir » sont exigibles : on les cite, on ne les recalcule pas. Le temps gagné sert à choisir le bon ordre — la seule décision qui compte vraiment.

Bloc 7 sur 7 · Vérifier

Vérifier : une limite par développement limité

Le modèle d'entraînement. L'exercice associé à cette leçon tire l'une de trois questions. (a) Une limite en 00 d'un quotient bâti sur les développements usuels, dont la valeur est décimale par construction. (b) L'ordre minimal auquel il faut développer le numérateur pour lever l'indétermination — la question du piège n° 3, posée frontalement. (c) Le coefficient de x2x^{2} d'un produit ou d'une composée, comme au point 5 de l'exemple guidé. Un modèle voisin, à choix multiples, demande le développement lui-même parmi quatre polynômes calculés (signe faux, factorielle oubliée, terme manquant, reste mal écrit), ou pour laquelle de quatre fonctions la substitution directe est légitime — c'est-à-dire la condition d'annulation en 00 de la fonction intérieure.

Énoncé type. Déterminer la limite en 00 de

f(x)=ln(1+5x)5xx2.f(x) = \frac{\ln(1 + 5x) - 5x}{x^{2}}.

Corrigé complet.

1. Reconnaître la forme. Quand xx tend vers 00, ln(1+5x)\ln(1+5x) tend vers 00 et 5x5x tend vers 00 : le numérateur tend vers 00, le dénominateur aussi. Forme indéterminée 00\frac{0}{0}. Le dénominateur est x2x^{2}, donc le numérateur doit être développé à l'ordre 2.

2. Développer, par composition licite. Le DL usuel donne ln(1+u)=uu22+o(u2)\ln(1+u) = u - \dfrac{u^{2}}{2} + o(u^{2}). On pose u=5xu = 5x, qui tend bien vers 00 quand xx tend vers 00 : la substitution est légitime.

ln(1+5x)=5x(5x)22+o(x2)=5x25x22+o(x2).\ln(1+5x) = 5x - \frac{(5x)^{2}}{2} + o(x^{2}) = 5x - \frac{25x^{2}}{2} + o(x^{2}).

3. Soustraire. Le terme 5x5x disparaît exactement :

ln(1+5x)5x=25x22+o(x2).\ln(1+5x) - 5x = -\frac{25x^{2}}{2} + o(x^{2}).

C'est l'annulation attendue : sans elle, le numérateur serait de degré 11 et le quotient divergerait.

4. Diviser et conclure.

f(x)=25x22+o(x2)x2=252+o(1)x0252=12,5.f(x) = \frac{-\frac{25x^{2}}{2} + o(x^{2})}{x^{2}} = -\frac{25}{2} + o(1) \xrightarrow[x \to 0]{} -\frac{25}{2} = -12{,}5.

Réponse : la limite en 00 de ff vaut 12,5-12{,}5.

5. Contrôle indépendant. Le coefficient de x2x^{2} dans ln(1+ax)\ln(1+ax) vaut a2/2-a^{2}/2 : avec a=5a = 5, cela fait 25/2-25/2, ce qu'on a trouvé. Deuxième contrôle, par le signe : l'inégalité ln(1+u)<u\ln(1+u) < u vaut pour tout u>1u > -1 non nul, donc le numérateur est négatif au voisinage de 00, et le dénominateur positif — la limite ne pouvait pas être positive.

Auto-contrôle. Ai-je vérifié que la fonction intérieure tend vers 00 avant de substituer ? Ai-je développé au même ordre que le dénominateur, et pas un cran en dessous ? Reste-t-il une forme indéterminée après simplification ? Et ai-je gardé le reste jusqu'à la dernière ligne, où o(x2)o(x^{2}) divisé par x2x^{2} devient o(1)o(1) ?

L’exercice interactif de cette leçon attend la fin de sa relecture scientifique. L’énoncé type ci-dessus est complet : il se travaille tel quel.

Sources

  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de mathématiques de la classe de MPSI, partie « Analyse asymptotique » (relations de comparaison, développements limités usuels en 0, opérations, applications)
  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de mathématiques de la classe de PCSI, partie « Analyse asymptotique »
  • J.-M. Monier, Analyse MPSI, Dunod — chapitre « Développements limités »
  • X. Gourdon, Les Maths en tête — Analyse, Ellipses — chapitre sur les développements limités et les formules de Taylor

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