Mathématiques · Licence 1 · 18 min de lecture
Algorithme d'Euclide, Bézout et l'équation ax + by = c
Division euclidienne dans les entiers relatifs ; PGCD et algorithme d'Euclide ; remontée de l'algorithme donnant un couple de coefficients de Bézout ; théorème de Bézout et son cas particulier des entiers premiers entre eux ; description de TOUS les couples solutions à partir d'un couple particulier, et unique représentant normalisé ; théorème de Gauss ; équation diophantienne du premier degré à deux inconnues : condition d'existence (le PGCD divise le second membre) et ensemble complet des solutions.
Chapitre du programme : Arithmétique et structures algébriques
Bloc 1 sur 7 · Comprendre
Comprendre : le PGCD sans factoriser
Au collège, tu trouvais le PGCD de deux entiers en les décomposant en facteurs premiers et en gardant les facteurs communs. Ça marche pour et ; ça ne marche plus quand les nombres ont vingt chiffres, parce que factoriser est difficile — c'est même sur cette difficulté que repose une partie de la cryptographie. L'algorithme d'Euclide, lui, ne factorise rien : il divise.
La division euclidienne. Pour et , il existe un unique couple d'entiers tel que
Le point clé, qui fait tout l'algorithme : les diviseurs communs de et sont exactement les diviseurs communs de et . En effet, si divise et , il divise ; et si divise et , il divise . Donc .
Algorithme d'Euclide. On remplace le couple par , puis on recommence, jusqu'à obtenir un reste nul. Le PGCD est le dernier reste non nul.
Sur et :
Le dernier reste non nul est : . Trois divisions, aucune factorisation, et le même résultat que les arbres de facteurs. L'algorithme se termine toujours, parce que les restes forment une suite d'entiers naturels strictement décroissante () — elle ne peut pas descendre indéfiniment.
Remonter l'algorithme. Chaque ligne exprime un reste à partir des deux nombres précédents ; en remontant, on exprime le PGCD à partir de et de :
Ainsi . On a trouvé un couple de Bézout : deux entiers et tels que . Contrôle obligatoire : .
Théorème de Bézout. Pour tous entiers et non tous nuls, de PGCD , il existe des entiers et tels que . En particulier, et sont premiers entre eux si et seulement s'il existe et tels que .
Attention au sens : caractérise les entiers premiers entre eux ; dans le cas général, le second membre est , pas . Écrire « » n'a pas de solution — le membre de gauche est toujours multiple de .
Le couple n'est pas unique — et c'est une famille, pas un désordre. Si convient, alors pour tout entier ,
convient aussi, puisque . Et ce sont tous les couples (on le démontre au bloc suivant avec le théorème de Gauss). Pour et : , , donc les couples sont . Parmi eux, un seul a son premier coefficient dans : pour , le couple , et l'on vérifie . C'est ce représentant normalisé que les exercices demandent, précisément parce qu'il est unique.
Bloc 2 sur 7 · Approfondir
Approfondir : Gauss, et toutes les solutions de ax + by = c
Le théorème de Gauss est la conséquence la plus utile de Bézout :
Si divise et si est premier avec , alors divise .
Démonstration. Par Bézout, il existe , avec . En multipliant par : . Or divise (évident) et divise (par hypothèse, divise ). Donc divise leur somme, . Fin de la démonstration. Sans l'hypothèse « premier avec », c'est faux : divise , mais ne divise ni ni .
L'équation diophantienne , à résoudre dans . Soit .
Existence. Le membre de gauche est toujours multiple de . Donc : il y a des solutions si et seulement si divise . C'est la seule condition ; aucune quantité d'essais infructueux ne la remplace. Si divise , on écrit , on prend un couple de Bézout , et est une solution particulière.
Toutes les solutions. Soit une autre solution. En soustrayant, , soit, après division par :
Ainsi divise et est premier avec : par Gauss, divise , d'où . En reportant, . Réciproquement, tout couple de cette forme convient.
C'est exactement la famille des couples de Bézout du bloc précédent, avec . La démonstration est courte et elle est au programme : on te demandera de la refaire.
Exemple complet. Résoudre .
- Euclide : ; ; ; . Donc .
- divise : il y a des solutions, et .
- Remontée : . Contrôle : .
- Solution particulière : . Contrôle : .
- Toutes les solutions, avec et :
Pour : , et .
Une application : l'inverse modulo . Dire que est premier avec , c'est dire qu'il existe , avec , c'est-à-dire : est un inverse de modulo . Il est unique parmi les restes . Par exemple, et sont premiers entre eux : , , donc . L'inverse de modulo est : en effet . La structure des congruences est la fiche suivante ; ici, retiens que chercher un inverse, c'est faire une remontée d'Euclide.
Bloc 3 sur 7 · Exemple
Exemple guidé : du PGCD au représentant normalisé
Énoncé. On considère et .
- Calculer par l'algorithme d'Euclide.
- En déduire un couple d'entiers tel que .
- Décrire tous les couples vérifiant cette identité, et déterminer l'unique couple dont le premier coefficient vérifie .
- En déduire l'inverse de modulo .
---
1. Euclide. On divise, on décale, on recommence :
Le dernier reste non nul est : . Les deux entiers sont premiers entre eux. (Le PGCD n'est pas : le reste nul signale la fin, il n'est pas le résultat.)
2. Remontée. On part de la dernière ligne à reste non nul et l'on remplace chaque reste par son expression, en gardant les parenthèses :
Donc . Contrôle : et ; . Un couple de Bézout est .
3. Tous les couples, puis le bon. Ici , donc et :
On veut , soit , soit (le seul entier de ). Le couple normalisé est
Contrôle direct : , , et .
4. L'inverse. L'identité se lit modulo : . L'inverse de modulo est — et c'est le même nombre que le représentant normalisé de la question 3, ce qui n'est pas un hasard : « premier coefficient dans » et « inverse parmi les restes modulo » sont deux noms de la même unicité. Remarque que : l'inverse de modulo est donc aussi , et .
Lecture. Quatre divisions ont suffi pour deux nombres à deux chiffres. Le couple sorti de la remontée n'est pas « le » couple de Bézout : c'est un représentant d'une famille infinie, et l'énoncé qui veut une réponse unique doit imposer un encadrement.
Bloc 4 sur 7 · Visualiser
Visualiser : deux chemins vers le même PGCD
Figure (fig.math.prime-factor-tree, figure programmatique de la leçon de troisième sur les nombres premiers, relue ici avec les yeux de la licence) : deux échelles de division, côte à côte.
- À gauche, est divisé successivement par , , , , : les nombres , , , , , descendent le long d'une barre verticale, chaque diviseur dans une petite boîte à droite. Bilan : .
- À droite, est divisé par , , , , : , , , , , . Bilan : .
- Les facteurs communs , , , portent un fond hachuré ; les facteurs propres et un cadre à trait épais — le codage double la couleur, et une légende l'écrit. Une ligne encadrée conclut : « facteurs communs : ». En bas, la fraction est simplifiée en .
Ce qu'il faut y lire pour cette leçon. La figure obtient par les factorisations : dix divisions par des nombres premiers qu'il a fallu deviner. L'algorithme d'Euclide obtient le même par trois divisions euclidiennes sans deviner quoi que ce soit :
Imagine les mêmes échelles pour deux entiers de trente chiffres : les colonnes de gauche et de droite seraient impossibles à écrire (il faudrait connaître les facteurs premiers), tandis que la suite des restes d'Euclide resterait courte — elle est au plus proportionnelle au nombre de chiffres. C'est pourquoi on apprend Euclide après avoir appris les arbres de facteurs.
Ce que la figure montre aussi, sans le dire. Les cofacteurs et — ce qui reste de chaque nombre une fois le PGCD retiré — sont précisément et , premiers entre eux. Ce sont eux qui paramètrent la famille des couples de Bézout : . Le de la boîte à trait épais, à droite, est le pas du premier coefficient ; le de gauche, celui du second. La fraction irréductible du bas et le théorème de Gauss disent la même chose : une fois le PGCD ôté, plus rien de commun.
Bloc 5 sur 7 · Formules
Ce qu'il faut retenir
| Objet | Ce que c'est | Ce qu'il faut vérifier |
|---|---|---|
| Algorithme d'Euclide | suite de divisions euclidiennes, restes strictement décroissants | le PGCD est le dernier reste non nul, pas |
| Couple de Bézout | avec | recalculer à la fin : une remontée perd facilement un signe |
| Famille des couples | le pas de est , celui de est — croisés | |
| Représentant normalisé | l'unique couple avec | il existe et il est unique parce que |
| Équation | solutions si et seulement si divise | multiplier le couple de Bézout par , puis Gauss pour la famille |
| Inverse modulo | tel que | existe si et seulement si ; c'est le de Bézout réduit modulo |
La remontée, mécaniquement. On écrit la dernière division à reste non nul sous la forme , puis on remplace par son expression, en gardant et entre parenthèses, et l'on remonte jusqu'à et . Tant qu'on n'a pas recalculé avec les valeurs trouvées, le résultat n'est pas acquis.
Ce qui n'est pas dans cette leçon. L'anneau et ses propriétés, le petit théorème de Fermat, le théorème des restes chinois, l'arithmétique des polynômes, la complexité exacte de l'algorithme (théorème de Lamé), et toute application au chiffrement.
Bloc 6 sur 7 · Pièges
Pièges fréquents
- Répondre comme PGCD. L'algorithme s'arrête quand le reste est nul, mais le PGCD est le dernier reste non nul, la ligne d'avant. Pour et , c'est , pas le de .
- Écrire quand le PGCD vaut . La forme « » caractérise les entiers premiers entre eux. Pour et , aucun couple ne donne : le membre de gauche est un multiple de . La bonne identité est .
- Perdre un signe dans la remontée. L'erreur type : remplacer par sans parenthèses, et écrire au lieu de . Le remède est mécanique — parenthèses, puis développement — et le contrôle final est obligatoire.
- Croire le couple de Bézout unique. Il y en a une infinité : . Deux étudiants qui trouvent et ont tous les deux raison. Quand un énoncé veut UNE réponse, il impose un encadrement — et c'est celui-là qu'il faut lire.
- Croiser les pas. Le premier coefficient (celui de ) avance de , le second (celui de ) recule de . Inverser les deux donne des couples qui ne vérifient plus l'identité : , mais en général.
- Déclarer sans solution après quelques essais. La seule question qui décide : divise-t-il ? n'a aucune solution ( ne divise pas ) ; en a une infinité. Les essais ne prouvent rien dans un sens ni dans l'autre.
- Confondre Gauss et Bézout, ou oublier l'hypothèse de Gauss. « divise » n'implique « divise » que si est premier avec . Sans cela, divise mais ne divise pas . Dans la résolution de , c'est la division par qui fabrique l'hypothèse ( et premiers entre eux) : ne pas la sauter.
- Chercher un inverse modulo sans vérifier . n'a pas d'inverse modulo : demanderait , impossible puisque divise le membre de gauche. La remontée d'Euclide ne « trouvera » rien — elle s'arrêtera sur un PGCD égal à , ce qui est la réponse : pas d'inverse.
Bloc 7 sur 7 · Vérifier
Vérifier : le couple de Bézout normalisé
Le modèle d'entraînement. L'exercice associé à cette leçon ne demande jamais « le PGCD » — il se lit en trois divisions et n'est pas de niveau licence. Il demande, selon la variante, l'unique coefficient de Bézout tel que , l'inverse d'un entier modulo après avoir justifié qu'il existe, ou la plus petite solution positive d'une congruence dont le PGCD n'est pas toujours . Toutes les réponses sont des entiers, sans tolérance. Un modèle voisin, à choix multiples, propose quatre couples bâtis sur les mêmes nombres, à l'ordre et aux signes près, et demande lequel vérifie .
Énoncé type. Soit et . On note leur PGCD. Déterminer l'unique entier tel que et qu'il existe un entier vérifiant . Donner .
Corrigé complet.
1. Euclide, pour . ; ; ; ; . Dernier reste non nul : . L'encadrement demandé est donc .
2. Remontée, pour un premier couple.
Contrôle : . Un couple est .
3. Toute la famille, puis le représentant. Les couples sont , . La condition équivaut à , soit . D'où et .
4. Contrôle final, sur les valeurs. et ; somme . Et .
Réponse : (avec ).
Auto-contrôle. Ai-je pris le dernier reste non nul comme PGCD ? Ai-je gardé les parenthèses à chaque substitution de la remontée ? Ai-je recalculé avec mes valeurs finales, et non seulement avec le couple intermédiaire ? Mon est-il dans , et ai-je translaté de (ici ) et non de ?
L’exercice interactif de cette leçon attend la fin de sa relecture scientifique. L’énoncé type ci-dessus est complet : il se travaille tel quel.
Sources
- BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de mathématiques de la classe de MPSI
- J.-P. Ramis, A. Warusfel (dir.), Mathématiques tout-en-un pour la licence — Niveau L1, Dunod
- D. Perrin, Cours d'algèbre, Ellipses
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