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Mathématiques · Licence 1 · 20 min de lecture

Convergence d'une suite : la définition quantifiée

Définition de la limite avec les quantificateurs (pour tout epsilon > 0, il existe un rang N tel que pour tout n ≥ N, l'écart au but reste plus petit que epsilon), unicité de la limite, suites bornées, négation de la convergence, théorème de la limite monotone et suites adjacentes.

Chapitre du programme : Analyse

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : « tend vers » écrit en inégalités

En terminale, tu écrivais limun=\lim u_n = \ell et tu disais : « les termes se rapprochent de \ell ». Cette phrase suffisait pour calculer, elle ne suffit plus pour démontrer. Que veut dire « se rapprocher » ? Plus près que quoi ? À partir de quand ? Toute l'analyse du supérieur commence par répondre à ces trois questions d'un seul coup, avec des inégalités et deux quantificateurs.

Définition. La suite (un)(u_n) converge vers R\ell \in \mathbb{R} lorsque

ε>0, NN, nN, un<ε.\forall \varepsilon > 0,\ \exists N \in \mathbb{N},\ \forall n \ge N,\ |u_n - \ell| < \varepsilon.

On note alors limn+un=\lim\limits_{n \to +\infty} u_n = \ell, et on dit que (un)(u_n) est convergente. Une suite qui ne converge vers aucun réel est divergente.

Lire la formule dans l'ordre, c'est la comprendre. Elle se lit comme un jeu à deux joueurs, et l'ordre des quantificateurs est l'ordre des coups.

  • ε>0\forall \varepsilon > 0 : ton adversaire choisit une exigence de précision, aussi sévère qu'il le veut — 10310^{-3}, 101510^{-15}, ce qu'il veut, pourvu que ce soit strictement positif.
  • NN\exists N \in \mathbb{N} : tu réponds par un rang, et tu as le droit de le choisir après avoir vu ε\varepsilon. C'est le point décisif : NN dépend de ε\varepsilon, et il grandit quand ε\varepsilon diminue. On écrit souvent NεN_\varepsilon pour s'en souvenir.
  • nN\forall n \ge N : à partir de ce rang, l'inégalité doit tenir pour tous les termes suivants, sans exception ni rechute. Un seul terme qui ressort de la bande, si loin soit-il, et tu as perdu.
  • un<ε|u_n - \ell| < \varepsilon : l'écart entre le terme et la limite, mesuré par une valeur absolue, reste sous l'exigence. De façon équivalente, unu_n appartient à l'intervalle ]ε ; +ε[\left]\ell - \varepsilon\ ;\ \ell + \varepsilon\right[ — la bande de demi-largeur ε\varepsilon autour de \ell.

Une seule phrase, quatre pièges d'écriture. Échanger les deux premiers quantificateurs donne « N,ε>0,nN,un<ε\exists N, \forall \varepsilon > 0, \forall n \ge N, |u_n - \ell| < \varepsilon » : cette proposition dit que tous les termes de rang N\ge N sont à une distance de \ell plus petite que tout réel strictement positif, donc qu'ils sont égaux à \ell. Elle décrit une suite stationnaire, pas une suite convergente. Remplacer « nN\forall n \ge N » par « nN\exists n \ge N » donne autre chose encore : la suite revient près de \ell infiniment souvent, sans y rester — c'est le cas de un=(1)nu_n = (-1)^n avec =1\ell = 1, qui ne converge pas. Écrire ε\le \varepsilon au lieu de << ne change rien (si l'écart est <ε/2< \varepsilon/2 il est ε\le \varepsilon, et réciproquement en changeant d'ε\varepsilon) : les deux versions définissent la même notion, et tu peux utiliser celle qui t'arrange. Enfin, exiger le plus petit NN possible n'est jamais demandé par la définition : n'importe quel rang qui marche démontre la convergence.

Ce que cela change concrètement. Pour prouver qu'une suite converge vers \ell, on ne raisonne plus par analogie : on part d'un ε>0\varepsilon > 0 quelconque, on majore un|u_n - \ell|, on résout l'inégalité en nn, et on exhibe un rang. La démonstration a désormais une forme fixe, et c'est cette forme que la leçon apprend à écrire.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : ce que la définition permet de démontrer

Une définition ne vaut que par les théorèmes qu'elle donne. En voici quatre, tous démontrés à partir de la seule formule ci-dessus.

L'unicité de la limite. Une suite convergente a une seule limite. Supposons qu'elle converge à la fois vers \ell et vers \ell' avec \ell \neq \ell', et prenons ε=2\varepsilon = \dfrac{|\ell - \ell'|}{2}, qui est strictement positif. La définition fournit un rang N1N_1 à partir duquel un<ε|u_n - \ell| < \varepsilon, et un rang N2N_2 à partir duquel un<ε|u_n - \ell'| < \varepsilon. Pour nmax(N1,N2)n \ge \max(N_1, N_2), l'inégalité triangulaire donne

un+un<ε+ε=,|\ell - \ell'| \le |\ell - u_n| + |u_n - \ell'| < \varepsilon + \varepsilon = |\ell - \ell'|,

c'est-à-dire <|\ell - \ell'| < |\ell - \ell'| : absurde. Donc =\ell = \ell'. Remarque la mécanique, qui resservira sans cesse : on choisit un ε\varepsilon particulier, fabriqué à partir des données du problème, et on prend le maximum de deux rangs pour faire tenir deux inégalités en même temps.

Toute suite convergente est bornée. Appliquons la définition avec ε=1\varepsilon = 1 : il existe NN tel que, pour nNn \ge N, un<1|u_n - \ell| < 1, donc un<+1|u_n| < |\ell| + 1. Restent les termes de rang 00 à N1N - 1, en nombre fini : ils admettent un plus grand module. La suite est donc majorée en valeur absolue par max(u0,,uN1,+1)\max\left(|u_0|, \ldots, |u_{N-1}|, |\ell| + 1\right). La réciproque est fausse, et le contre-exemple tient en trois symboles : un=(1)nu_n = (-1)^n est bornée et n'a pas de limite.

Nier la convergence. Nier une proposition quantifiée, c'est échanger chaque « pour tout » en « il existe », chaque « il existe » en « pour tout », et nier l'inégalité finale. « (un)(u_n) ne converge pas vers \ell » s'écrit donc

ε>0, NN, nN, unε.\exists \varepsilon > 0,\ \forall N \in \mathbb{N},\ \exists n \ge N,\ |u_n - \ell| \ge \varepsilon.

En clair : il existe une exigence de précision que la suite viole encore, aussi loin qu'on aille. Sur un=(1)nu_n = (-1)^n et =1\ell = 1 : prends ε=1\varepsilon = 1 ; quel que soit NN, il existe un rang impair nNn \ge N, et pour celui-là (1)n1=21|(-1)^n - 1| = 2 \ge 1. La suite ne converge donc pas vers 11 ; le même argument avec \ell quelconque montre qu'elle ne converge vers rien.

Le théorème de la limite monotone. Une suite croissante et majorée converge, et sa limite est la borne supérieure =sup{un}\ell = \sup\lbrace u_n \rbrace de l'ensemble de ses termes. La démonstration est le premier usage sérieux de la propriété de la borne supérieure de R\mathbb{R} : par définition du sup, ε\ell - \varepsilon n'est pas un majorant, donc il existe un rang NN tel que uN>εu_N > \ell - \varepsilon ; par croissance, tous les termes suivants sont eux aussi >ε> \ell - \varepsilon ; et ils sont tous \le \ell. Donc un<ε|u_n - \ell| < \varepsilon pour nNn \ge N. Note ce qui est remarquable : on démontre l'existence d'une limite sans la connaître. Une suite croissante non majorée, elle, tend vers ++\infty.

Suites adjacentes. Deux suites (an)(a_n) croissante et (bn)(b_n) décroissante telles que bnan0b_n - a_n \to 0 sont dites adjacentes : elles convergent vers une même limite \ell, et pour tout nn, anbna_n \le \ell \le b_n. C'est l'outil qui fabrique des encadrements aussi fins qu'on veut, et il découle directement du théorème précédent : (an)(a_n) est croissante et majorée par b0b_0, (bn)(b_n) est décroissante et minorée par a0a_0.

Le cas des limites infinies. La même grammaire s'écrit sans valeur absolue : un+u_n \to +\infty signifie AR, N, nN, un>A\forall A \in \mathbb{R},\ \exists N,\ \forall n \ge N,\ u_n > A. Le rôle de « aussi petit qu'on veut » est tenu par « aussi grand qu'on veut ». Toutes les fautes de quantificateurs se transposent telles quelles.

Et en pratique ? Trois familles couvrent l'essentiel des exercices, parce que leur écart à la limite se calcule exactement :

Tableau : Famille, Terme général, Limite, Écart exact
FamilleTerme généralLimiteÉcart exact
homographiquean+bn+d\dfrac{an + b}{n + d}aabadn+d\dfrac{\lvert b - ad \rvert}{n + d}
géométriqueAqnA\,q^{\,n} avec q<1\lvert q \rvert < 100AqnA\,\lvert q \rvert^{\,n}
« de Riemann »+Anp\ell + \dfrac{A}{n^{p}} avec p>0p > 0\ellAnp\dfrac{A}{n^{p}}

Dans les trois, l'écart décroît strictement. C'est cette décroissance, et elle seule, qui permet de conclure « pour tout nNn \ge N » après avoir vérifié l'inégalité au seul rang NN : sans elle, un rang isolé ne garantirait rien de ses successeurs.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : exhiber le rang, et le voir bouger

Énoncé. Soit la suite définie pour nNn \in \mathbb{N} par

un=3n+5n+2.u_n = \frac{3n + 5}{n + 2}.
  1. Montrer que (un)(u_n) converge vers 33 en calculant exactement un3|u_n - 3|.
  2. Déterminer le plus petit entier NN tel que, pour tout nNn \ge N, un3<ε|u_n - 3| < \varepsilon avec ε=3×103\varepsilon = 3 \times 10^{-3}.
  3. Reprendre avec ε=3×104\varepsilon = 3 \times 10^{-4} et commenter.

---

1. Calculer l'écart, exactement. On met tout sur le même dénominateur :

un3=3n+5n+23=3n+53(n+2)n+2=3n+53n6n+2=1n+2.u_n - 3 = \frac{3n + 5}{n + 2} - 3 = \frac{3n + 5 - 3(n + 2)}{n + 2} = \frac{3n + 5 - 3n - 6}{n + 2} = \frac{-1}{n + 2}.

Donc

un3=1n+2.|u_n - 3| = \frac{1}{n + 2}.

Cet écart est strictement positif, strictement décroissant, et il devient plus petit que n'importe quel ε>0\varepsilon > 0 dès que n+2>1εn + 2 > \dfrac{1}{\varepsilon} — ce qui est possible puisque les entiers ne sont pas majorés. La suite converge donc vers 33. Retiens la méthode : on ne cherche pas à « voir » la limite, on la soustrait et on regarde ce qui reste.

2. Le rang pour ε=3×103\varepsilon = 3 \times 10^{-3}. L'inégalité à résoudre est

1n+2<31000    1000<3(n+2)    n+2>10003    n>100032=9943.\frac{1}{n + 2} < \frac{3}{1000} \iff 1000 < 3\,(n + 2) \iff n + 2 > \frac{1000}{3} \iff n > \frac{1000}{3} - 2 = \frac{994}{3}.

Or 9943=331,33\dfrac{994}{3} = 331{,}33\ldots : le plus petit entier strictement supérieur est 332332. Donc

N=332.\boxed{N = 332.}

Vérifions les deux bords, sans calculatrice et sans arrondi. Au rang 332332, l'écart vaut 1334\dfrac{1}{334}, et 334×3=1002>1000334 \times 3 = 1002 > 1000, donc 1334<31000\dfrac{1}{334} < \dfrac{3}{1000} : l'inégalité est vérifiée. Au rang 331331, l'écart vaut 1333\dfrac{1}{333}, et 333×3=999<1000333 \times 3 = 999 < 1000, donc 1333>31000\dfrac{1}{333} > \dfrac{3}{1000} : elle ne l'est pas. Le rang 332332 est bien le plus petit qui convienne. Et comme l'écart décroît, l'inégalité est acquise pour tous les rangs suivants d'un seul coup : c'est là, et nulle part ailleurs, que sert la décroissance.

3. Une exigence dix fois plus sévère. Avec ε=3×104\varepsilon = 3 \times 10^{-4}, la même chaîne donne n+2>100003=3333,33n + 2 > \dfrac{10000}{3} = 3333{,}33\ldots, donc n>3331,33n > 3331{,}33\ldots et N=3332N = 3332. Contrôle aux deux bords : 3334×3=10002>100003334 \times 3 = 10002 > 10000 (l'inégalité tient au rang 33323332), et 3333×3=9999<100003333 \times 3 = 9999 < 10000 (elle ne tient pas au rang 33313331).

Le rang a été multiplié par environ dix quand l'exigence a été divisée par dix. C'est la traduction chiffrée de l'ordre des quantificateurs : NN dépend de ε\varepsilon. Aucun rang unique ne pourrait convenir pour tous les ε\varepsilon à la fois — s'il en existait un, la suite serait constante égale à 33 à partir de ce rang.

Une remarque de méthode, à ne pas perdre. Pour démontrer que un3u_n \to 3, il aurait suffi d'écrire : « soit ε>0\varepsilon > 0 ; posons N=1ε+1N = \left\lfloor \dfrac{1}{\varepsilon} \right\rfloor + 1 ; pour nNn \ge N on a n+2>1εn + 2 > \dfrac{1}{\varepsilon}, donc un3<ε|u_n - 3| < \varepsilon ». Aucun besoin du plus petit rang. Ce n'est qu'ici, parce que la question le demande explicitement, qu'on est allé jusqu'au meilleur.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : la bande d'epsilon et le rang N

Figure (fig.math.convergence-definition, SVG programmatique à produire) : deux repères côte à côte, la même suite, deux exigences.

  • Panneau gauche — ε\varepsilon « large ». Axe horizontal : le rang nn, gradué de 00 à 3030, à partir de zéro. Axe vertical : unu_n, gradué de 2,42{,}4 à 3,23{,}2. Les termes de la suite un=3n+5n+2u_n = \dfrac{3n + 5}{n + 2} sont marqués par des disques : u0=2,5u_0 = 2{,}5, u1=832,67u_1 = \dfrac{8}{3} \approx 2{,}67, u2=2,75u_2 = 2{,}75, puis la suite monte vers 33 en restant toujours en dessous. Une droite horizontale continue en y=3y = 3 porte l'étiquette « =3\ell = 3 ». Une bande grisée ]3ε ; 3+ε[\left]3 - \varepsilon\ ;\ 3 + \varepsilon\right[ avec ε=0,1\varepsilon = 0{,}1 traverse tout le panneau, ses deux bords en pointillés et étiquetés « ε\ell - \varepsilon » et « +ε\ell + \varepsilon ». L'écart valant 1n+2\dfrac{1}{n+2}, le terme u8=2910=2,9u_8 = \dfrac{29}{10} = 2{,}9 tombe exactement sur le bord inférieur de la bande (écart 0,10{,}1, pas strictement plus petit) : il est dessiné sur le trait, évidé, avec la mention « bord exclu ». Le premier terme réellement dans la bande est u9=3211u_9 = \dfrac{32}{11}, écart 111\dfrac{1}{11} : il est entouré d'un cercle épais et signalé par une flèche verticale montant de l'axe, étiquette « N=9N = 9 ». Les disques de rang 9\ge 9 sont pleins, ceux de rang <9< 9 sont évidés — la distinction ne repose donc pas sur la couleur.
  • Panneau droit — ε\varepsilon dix fois plus petit. Le même repère, mais avec un axe horizontal gradué jusqu'à 120120 et une bande de demi-largeur ε=0,01\varepsilon = 0{,}01, beaucoup plus fine. Là encore le rang 9898 tombe pile sur le bord (écart 1100\dfrac{1}{100}) et le premier terme intérieur est u99u_{99}, écart 1101\dfrac{1}{101} : étiquette « N=99N = 99 ». Une accolade sous l'axe relie les deux panneaux avec la mention « exigence divisée par 1010, rang multiplié par 1111 ».
  • Bandeau du bas — la faute de quantificateurs, en image. Deux miniatures. À gauche, une suite qui entre dans la bande au rang NN et n'en ressort plus : mention « nN\forall n \ge N : convergence ». À droite, une suite qui entre dans la bande, en ressort, y revient, en ressort encore, indéfiniment : mention « nN\exists n \ge N seulement : pas de convergence ». Aucune valeur numérique sur cette seconde miniature — c'est une allure, pas une mesure.

Ce qu'il faut lire. La bande matérialise ε\varepsilon, le rang entouré matérialise NN, et le fait que plus aucun disque ne sorte de la bande après lui matérialise le « pour tout nNn \ge N ». Passer d'un panneau à l'autre montre en une image la seule chose que l'ordre des quantificateurs affirme : la bande rétrécit, le rang recule, et il n'existe pas de rang qui convienne pour toutes les bandes à la fois.

La figure en détail : la figure comprend deux graphiques et deux vignettes. Dans le premier graphique, les termes d'une suite sont représentés par des points en fonction de leur rang ; ils montent en se rapprochant d'une droite horizontale qui figure la limite. Une bande horizontale centrée sur cette droite représente la tolérance choisie ; le premier point qui entre dans la bande est entouré et son rang est indiqué sous l'axe, et tous les points suivants restent dans la bande. Le second graphique montre la même suite avec une bande dix fois plus fine : le premier point qui y entre est bien plus loin, et son rang est indiqué de la même manière. Une accolade souligne que réduire la tolérance repousse le rang. En bas, deux petites vignettes opposent une suite qui entre dans la bande et n'en ressort plus, ce qui correspond à la convergence, et une suite qui entre et ressort de la bande indéfiniment, ce qui n'y correspond pas.

Convergence d’une suite : pour tout ε, il existe un rang N à partir duquel tous les termes restent dans la bande ]ℓ − ε ; ℓ + ε[ — Deux repères côte à côte, la même suite uₙ = (3n + 5)/(n + 2) = 3 − 1/(n + 2), deux exigences.

Bloc 5 sur 7 · Formules

Ce qu'il faut retenir

  • unn+    ε>0, NN, nN, un<εu_n \xrightarrow[n \to +\infty]{} \ell \iff \forall \varepsilon > 0,\ \exists N \in \mathbb{N},\ \forall n \ge N,\ |u_n - \ell| < \varepsilon
  • un<ε    un]ε ; +ε[|u_n - \ell| < \varepsilon \iff u_n \in \left]\ell - \varepsilon\ ;\ \ell + \varepsilon\right[
  • neˊgation : ε>0, NN, nN, unε\text{négation : } \exists \varepsilon > 0,\ \forall N \in \mathbb{N},\ \exists n \ge N,\ |u_n - \ell| \ge \varepsilon
  • unn++    AR, NN, nN, un>Au_n \xrightarrow[n \to +\infty]{} +\infty \iff \forall A \in \mathbb{R},\ \exists N \in \mathbb{N},\ \forall n \ge N,\ u_n > A
  • an+bn+da=badn+dAqn=Aqn(0<q<1)\left|\frac{an + b}{n + d} - a\right| = \frac{\left|b - ad\right|}{n + d} \qquad \left|A q^{\,n}\right| = A\,|q|^{\,n} \quad (0 < |q| < 1)
Tableau : Énoncé, Contenu, Ce qu'il faut en retenir
ÉnoncéContenuCe qu'il faut en retenir
Définitionε>0,N,nN,un<ε\forall \varepsilon > 0, \exists N, \forall n \ge N, \lvert u_n - \ell \rvert < \varepsilonNN dépend de ε\varepsilon ; l'ordre des quantificateurs n'est pas décoratif
Unicitéune suite convergente a une seule limitese démontre avec ε=2\varepsilon = \dfrac{\lvert \ell - \ell' \rvert}{2}
Bornitudetoute suite convergente est bornéela réciproque est fausse : (1)n(-1)^n
Négationε>0,N,nN,unε\exists \varepsilon > 0, \forall N, \exists n \ge N, \lvert u_n - \ell \rvert \ge \varepsilonon échange les quantificateurs et on nie l'inégalité
Limite monotonecroissante et majorée \Rightarrow convergente, de limite supun\sup u_nl'existence sans le calcul
Suites adjacentes(an)(a_n) \nearrow, (bn)(b_n) \searrow, bnan0b_n - a_n \to 0même limite \ell, et anbna_n \le \ell \le b_n

Le geste de calcul, en trois temps. (1) Écrire un|u_n - \ell| exactement, en réduisant au même dénominateur ou en factorisant. (2) Résoudre un<ε|u_n - \ell| < \varepsilon en nn : une inéquation du premier degré pour la famille homographique, un passage au logarithme pour la famille géométrique, une racine pp-ième pour la famille de Riemann. (3) Prendre le plus petit entier qui convient, et vérifier les deux bords — le rang trouvé marche, le rang précédent ne marche pas.

Ce qui n'est pas dans cette leçon. Les équivalents et les développements limités, qui permettront d'estimer un écart au lieu de le calculer ; les suites de Cauchy et la complétude de R\mathbb{R} ; le théorème de Bolzano-Weierstrass et les suites extraites. Ici, tout écart est calculé exactement, ce qui restreint les exemples mais garantit que chaque rang annoncé est démontré.

Bloc 6 sur 7 · Pièges

Pièges fréquents

  1. Intervertir les deux premiers quantificateurs. « N,ε>0\exists N, \forall \varepsilon > 0 » décrit une suite stationnaire : à partir de NN, les termes seraient à une distance de \ell plus petite que tout réel positif, donc égaux à \ell. Ce n'est pas la convergence, c'est un cas particulier extrême de la convergence.
  2. Écrire « nN\exists n \ge N » au lieu de « nN\forall n \ge N ». On définit alors une valeur d'adhérence : la suite s'approche de \ell infiniment souvent, sans y rester. (1)n(-1)^n s'approche de 11 infiniment souvent et ne converge pas.
  3. Chercher le plus petit rang quand on démontre. La définition demande un rang, pas le meilleur. S'acharner à optimiser NN transforme une démonstration de trois lignes en un calcul d'inéquation inutile — et fait souvent rater la démonstration. C'est seulement quand la question dit « le plus petit » qu'il faut y aller.
  4. Ne vérifier qu'un seul bord. Quand on affirme que NN est le plus petit rang qui convienne, deux vérifications sont dues : l'inégalité est vraie au rang NN, et elle est fausse au rang N1N - 1. La seconde est celle qu'on oublie, et c'est elle qui distingue « un rang » de « le plus petit ».
  5. Conclure « pour tout nNn \ge N » sans argument. Vérifier l'inégalité au seul rang NN ne dit rien des suivants — sauf si l'écart est décroissant, ce qu'il faut avoir remarqué. Sur une suite dont l'écart oscille, un rang isolé ne prouve rien.
  6. Nier en gardant l'ordre. La négation échange chaque quantificateur et renverse l'inégalité stricte en inégalité large. Écrire « ε>0,N,nN,unε\forall \varepsilon > 0, \exists N, \forall n \ge N, |u_n - \ell| \ge \varepsilon » n'est pas la négation de la convergence : c'est une proposition beaucoup plus forte, et presque toujours fausse.
  7. Croire qu'une suite bornée converge. (1)n(-1)^n est bornée, divergente, et tient sur une ligne. L'implication ne vaut que dans un sens : convergente \Rightarrow bornée.
  8. Conclure à la convergence d'une suite croissante sans majorant. Le théorème de la limite monotone a deux hypothèses. Une suite croissante non majorée tend vers ++\infty ; « elle monte » n'est pas un argument de convergence.
  9. Arrondir avant de comparer. Écrire « 13330,0030\dfrac{1}{333} \approx 0{,}0030, supérieur à 3×1033 \times 10^{-3} » affiche deux nombres identiques suivis du mot « supérieur ». La comparaison se fait sur les entiers, par produit en croix : 333×3=999<1000333 \times 3 = 999 < 1000. Un arrondi ne démontre jamais une inégalité stricte.

Bloc 7 sur 7 · Vérifier

Vérifier : le plus petit rang qui convient

Le modèle d'entraînement. L'exercice associé à cette leçon tire une suite dans l'une des trois familles dont l'écart à la limite se calcule exactement — homographique, géométrique, ou de la forme +Anp\ell + \dfrac{A}{n^{p}} — et une tolérance ε=c×10k\varepsilon = c \times 10^{-k} avec c{3 ; 7}c \in \lbrace 3\ ;\ 7 \rbrace. Il demande le plus petit entier NN tel que l'écart reste sous ε\varepsilon à partir de ce rang. Un modèle voisin, à choix multiples, propose un rang N0N_0 et demande de le situer : convient-il ? est-il le plus petit ? C'est exactement la distinction du piège n° 3.

Énoncé type. Soit la suite définie pour nNn \in \mathbb{N} par

un=2n+7n+3.u_n = \frac{-2n + 7}{n + 3}.

Déterminer le plus petit entier NN tel que, pour tout nNn \ge N, on ait un<ε|u_n - \ell| < \varepsilon, avec ε=7×103\varepsilon = 7 \times 10^{-3}.

Corrigé complet.

1. Identifier la limite. Le quotient de deux expressions du premier degré tend vers le quotient des coefficients dominants : =2\ell = -2.

2. Calculer l'écart, exactement.

un=2n+7n+3+2=2n+7+2(n+3)n+3=2n+7+2n+6n+3=13n+3,u_n - \ell = \frac{-2n + 7}{n + 3} + 2 = \frac{-2n + 7 + 2(n + 3)}{n + 3} = \frac{-2n + 7 + 2n + 6}{n + 3} = \frac{13}{n + 3},

donc un=13n+3|u_n - \ell| = \dfrac{13}{n + 3}. Cet écart est strictement décroissant : il suffira de trouver le premier rang qui convient pour que tous les suivants conviennent aussi.

3. Résoudre l'inéquation.

13n+3<71000    13000<7(n+3)    n+3>130007    n>1300073=129797.\frac{13}{n + 3} < \frac{7}{1000} \iff 13\,000 < 7\,(n + 3) \iff n + 3 > \frac{13\,000}{7} \iff n > \frac{13\,000}{7} - 3 = \frac{12\,979}{7}.

Or 129797=1854,142\dfrac{12\,979}{7} = 1854{,}142\ldots, donc le plus petit entier convenable est 18551855.

4. Vérifier les deux bords, par produits en croix. Au rang 18551855 : l'écart vaut 131858\dfrac{13}{1858}, et 1858×7=13006>130001858 \times 7 = 13\,006 > 13\,000, donc 131858<71000\dfrac{13}{1858} < \dfrac{7}{1000}. \checkmark Au rang 18541854 : l'écart vaut 131857\dfrac{13}{1857}, et 1857×7=12999<130001857 \times 7 = 12\,999 < 13\,000, donc 131857>71000\dfrac{13}{1857} > \dfrac{7}{1000}. Ce rang ne convient pas. \checkmark

Réponse : N=1855N = 1855.

Auto-contrôle. Ai-je calculé l'écart exactement, sans arrondi ? Ai-je vérifié que l'écart décroît, seule justification du « pour tout nNn \ge N » ? Ai-je testé le rang N1N - 1 pour prouver que NN est bien le plus petit ? Et me souviens-je que, pour une simple démonstration de convergence, aucun de ces raffinements n'aurait été nécessaire ?

L’exercice interactif de cette leçon attend la fin de sa relecture scientifique. L’énoncé type ci-dessus est complet : il se travaille tel quel.

Sources

  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de mathématiques de la classe de MPSI, partie « Nombres réels et suites numériques » (définition de la limite, unicité, suites monotones, suites adjacentes)
  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de mathématiques de la classe de PCSI, partie « Suites numériques »
  • J.-M. Monier, Analyse MPSI, Dunod — chapitre sur les suites numériques

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