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Physique · Prépa 1re année · 19 min de lecture

L'oscillateur harmonique amorti en régime libre

Oscillateur à un degré de liberté soumis à un frottement fluide : mise sous forme canonique avec la pulsation propre et le facteur de qualité, les trois régimes (apériodique, critique, pseudo-périodique), pseudo-période, décrément logarithmique, temps de relaxation et décroissance de l'énergie mécanique.

Chapitre du programme : Signaux physiques

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : trois régimes, un seul paramètre

Tu sais déjà écrire l'équation d'un système masse-ressort idéal et en tirer une sinusoïde qui dure éternellement. Aucun oscillateur réel ne se comporte ainsi : une masse suspendue finit par s'arrêter, un pendule aussi, une aiguille de galvanomètre aussi. Il manque une force à l'équation, et cette force change tout.

Le modèle. Une masse mm est reliée à un ressort de raideur kk et subit un frottement fluide, force opposée à la vitesse et proportionnelle à son intensité : f=αv\vec{f} = -\alpha \vec{v}, avec α>0\alpha > 0 en N·s·m⁻¹. En repérant par xx l'écart à la position d'équilibre, la deuxième loi de Newton projetée sur l'axe du mouvement donne

mx¨=kxαx˙,soitx¨+αmx˙+kmx=0.m\,\ddot{x} = -k\,x - \alpha\,\dot{x}, \qquad \text{soit} \qquad \ddot{x} + \frac{\alpha}{m}\,\dot{x} + \frac{k}{m}\,x = 0.

(Si le ressort est vertical, le poids ne fait que déplacer la position d'équilibre : en repérant xx à partir de cette nouvelle position, l'équation est identique. C'est le même argument qu'en régime non amorti.)

La forme canonique, et pourquoi elle existe. On ne garde pas mm, kk et α\alpha : on les remplace par deux grandeurs qui ont un sens physique et dont l'une est sans dimension.

x¨+ω0Qx˙+ω02x=0,ω0=km,Q=mω0α=kmα.\ddot{x} + \frac{\omega_0}{Q}\,\dot{x} + \omega_0^{\,2}\,x = 0, \qquad \omega_0 = \sqrt{\frac{k}{m}}, \qquad Q = \frac{m\,\omega_0}{\alpha} = \frac{\sqrt{k\,m}}{\alpha}.

ω0\omega_0 est la pulsation propre — celle qu'aurait l'oscillateur sans frottement — et QQ le facteur de qualité, nombre sans unité qui mesure la faiblesse de l'amortissement : QQ grand, oscillateur peu amorti.

Vérifie l'homogénéité, c'est instructif : αx˙\alpha \dot{x} est une force, donc α\alpha s'exprime en N·s·m⁻¹ = kg·s⁻¹ ; mω0m\omega_0 aussi ; leur quotient est donc bien un nombre pur. Tout l'intérêt est là : deux oscillateurs de tailles très différentes qui ont le même QQ ont la même allure de mouvement, à un changement d'échelle près sur le temps et sur l'amplitude.

Trois régimes, décidés par un seul test. L'équation caractéristique r2+ω0Qr+ω02=0r^2 + \dfrac{\omega_0}{Q}\,r + \omega_0^{\,2} = 0 a pour discriminant

Δ=ω02Q24ω02=ω02(1Q24),\Delta = \frac{\omega_0^{\,2}}{Q^2} - 4\,\omega_0^{\,2} = \omega_0^{\,2}\left(\frac{1}{Q^2} - 4\right),

dont le signe ne dépend que de QQ comparé à 12\dfrac{1}{2}.

  • Q<12Q < \dfrac{1}{2} : Δ>0\Delta > 0, deux racines réelles négatives. Le mouvement est la somme de deux exponentielles décroissantes : la masse revient à l'équilibre sans osciller. C'est le régime apériodique (ou fortement amorti).
  • Q=12Q = \dfrac{1}{2} : Δ=0\Delta = 0, une racine double r=ω0r = -\omega_0. Le mouvement s'écrit (A+Bt)eω0t(A + Bt)\,\mathrm{e}^{-\omega_0 t} : pas d'oscillation non plus. C'est le régime critique, et c'est celui qui ramène la masse à l'équilibre le plus vite — le résultat le plus contre-intuitif du chapitre.
  • Q>12Q > \dfrac{1}{2} : Δ<0\Delta < 0, deux racines complexes conjuguées. Le mouvement oscille en s'éteignant : c'est le régime pseudo-périodique, le seul où les mots « période » et « amplitude » gardent un sens, et le seul que la suite de la leçon détaille.

Attention au sens de « le plus vite ». Augmenter l'amortissement au-delà du régime critique ne fait pas revenir la masse plus vite : cela la fait revenir plus lentement, en la freinant tout le long du trajet. Un amortisseur de voiture, un bras de porte, l'aiguille d'un appareil de mesure sont réglés au voisinage du régime critique, et pas au-delà : on veut la position d'équilibre atteinte vite et sans dépassement.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : pseudo-période, décrément, énergie

Le régime pseudo-périodique (Q>12Q > \frac{1}{2}) mérite d'être décrit en détail, parce que c'est le seul qui se mesure facilement.

La solution, et ce qu'elle contient. Les racines de l'équation caractéristique s'écrivent r=ω02Q±iωr = -\dfrac{\omega_0}{2Q} \pm \mathrm{i}\,\omega, avec

ω=ω0114Q2.\omega = \omega_0\sqrt{1 - \frac{1}{4Q^2}}.

La solution réelle est donc

x(t)=Aeω02Qtcos(ωt+φ),x(t) = A\,\mathrm{e}^{-\frac{\omega_0}{2Q}\,t}\cos(\omega t + \varphi),

AA et φ\varphi étant fixés par les conditions initiales. Elle se lit en deux morceaux : un cosinus, qui fait osciller, et une exponentielle décroissante, l'enveloppe, qui écrase progressivement les oscillations.

Ce n'est pas une période, et ω\omega n'est pas une pulsation propre. Le mouvement n'est pas périodique : x(t+T)x(t)x(t + T) \neq x(t), puisque l'enveloppe a baissé entre-temps. Ce qui se répète, c'est le passage par zéro dans le même sens et la succession des extrema. On parle donc de pseudo-pulsation ω\omega et de pseudo-période

T=2πω=T0114Q2  >  T0.T = \frac{2\pi}{\omega} = \frac{T_0}{\sqrt{1 - \dfrac{1}{4Q^2}}} \;>\; T_0.

La racine carrée est un nombre strictement compris entre 00 et 11 : la pseudo-période est toujours plus grande que la période propre. Le frottement ralentit l'oscillateur, il ne l'accélère jamais. Pour Q=10Q = 10, l'écart n'est que de 0,13 %0{,}13\ \% : c'est pourquoi, pour un oscillateur peu amorti, on confond en pratique TT et T0T_0 — mais on sait dans quel sens on triche.

Le temps de relaxation. L'enveloppe est Aet/τA\,\mathrm{e}^{-t/\tau} avec

τ=2Qω0=2mα.\tau = \frac{2Q}{\omega_0} = \frac{2m}{\alpha}.

C'est le temps au bout duquel l'amplitude a été divisée par e\mathrm{e}. Note bien que τ\tau ne dépend que de mm et de α\alpha : la raideur du ressort fixe la vitesse des oscillations, pas la vitesse de leur extinction.

Le décrément logarithmique. On mesure sur un enregistrement deux élongations séparées d'une pseudo-période, x(t)x(t) et x(t+T)x(t + T). Leur rapport ne dépend pas de tt :

x(t)x(t+T)=et/τe(t+T)/τ=eT/τ.\frac{x(t)}{x(t+T)} = \frac{\mathrm{e}^{-t/\tau}}{\mathrm{e}^{-(t+T)/\tau}} = \mathrm{e}^{T/\tau}.

On appelle décrément logarithmique le logarithme de ce rapport :

δ=lnx(t)x(t+T)=Tτ=2π4Q21.\delta = \ln\frac{x(t)}{x(t+T)} = \frac{T}{\tau} = \frac{2\pi}{\sqrt{4Q^2 - 1}}.

C'est le logarithme du rapport, pas le rapport : la confusion coûte cher, et elle se repère à l'ordre de grandeur (δ\delta vaut typiquement quelques dixièmes, le rapport vaut quelques unités). Le décrément est la grandeur qu'on mesure vraiment : il suffit de deux maxima successifs lus sur une acquisition pour en tirer QQ, puis α\alpha.

Après nn pseudo-périodes, l'amplitude est divisée par enδ\mathrm{e}^{n\delta} :

An=A0enδ.A_n = A_0\,\mathrm{e}^{-n\delta}.

L'énergie. L'énergie mécanique E=12mx˙2+12kx2E = \dfrac{1}{2}m\dot{x}^2 + \dfrac{1}{2}k x^2 n'est plus conservée : sa dérivée vaut dEdt=αx˙20\dfrac{\mathrm{d}E}{\mathrm{d}t} = -\alpha\,\dot{x}^2 \le 0. Elle décroît donc constamment, et le travail de la force de frottement est intégralement dissipé — chauffage du fluide, jamais restitué. Comme l'énergie est quadratique en amplitude, elle décroît deux fois plus vite que celle-ci : son temps caractéristique vaut τ2\dfrac{\tau}{2}. Pour un oscillateur peu amorti, on montre que

Q2πeˊnergie stockeˊeeˊnergie perdue par pseudo-peˊriode,Q \simeq 2\pi\,\frac{\text{énergie stockée}}{\text{énergie perdue par pseudo-période}},

ce qui donne au facteur de qualité son nom : il compte combien d'oscillations l'oscillateur « tient » avant de s'éteindre. Un QQ de 1010 signifie grossièrement une dizaine d'oscillations visibles.

Retour sur le régime critique. Pourquoi le retour le plus rapide n'est-il pas obtenu avec l'amortissement le plus fort ? Parce qu'en régime apériodique, la solution contient une exponentielle lente, er+t\mathrm{e}^{r_+ t} avec r+=ω02Q(114Q2)r_+ = -\dfrac{\omega_0}{2Q}\left(1 - \sqrt{1 - 4Q^2}\right), dont le temps caractéristique augmente quand α\alpha augmente : plus on freine, plus la fin du retour traîne. Au régime critique, cette exponentielle lente n'existe pas encore, et le retour est en eω0t\mathrm{e}^{-\omega_0 t}, le plus rapide possible. La condition Q=12Q = \dfrac{1}{2} s'écrit α=2km\alpha = 2\sqrt{km}, soit, à kk et α\alpha fixés, une masse critique

mc=α24k.m_c = \frac{\alpha^2}{4k}.

Et le circuit RLC ? Un circuit RLC série obéit à la même équation, avec ω0=1LC\omega_0 = \dfrac{1}{\sqrt{LC}} et Q=1RLCQ = \dfrac{1}{R}\sqrt{\dfrac{L}{C}} : trois régimes, pseudo-période, décrément, tout se transpose. C'est l'objet d'une autre fiche du même cycle ; ici, il suffit de savoir que l'analogie existe et qu'elle est exacte, pas seulement suggestive.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : un ressort freiné par un fluide

Énoncé. Une masse m=0,200m = 0{,}200 kg glisse sur un banc horizontal, reliée à un ressort de raideur k=80,0k = 80{,}0 N·m⁻¹ ; une palette plongée dans un liquide exerce sur elle une force de frottement fluide f=αv\vec{f} = -\alpha\vec{v} avec α=0,800\alpha = 0{,}800 N·s·m⁻¹. On l'écarte de A0=5,00A_0 = 5{,}00 cm et on la lâche sans vitesse initiale.

  1. Déterminer la pulsation propre et le facteur de qualité, et en déduire le régime.
  2. Calculer la pseudo-période, et la comparer à la période propre.
  3. Calculer le temps de relaxation et le décrément logarithmique.
  4. Quelle amplitude reste-t-il après trois pseudo-périodes ?
  5. Quelle masse faudrait-il pour que ce même dispositif soit en régime critique ?

---

1. Les deux paramètres, et le régime.

ω0=km=80,00,200=400=20,0 rad⋅s1,\omega_0 = \sqrt{\frac{k}{m}} = \sqrt{\frac{80{,}0}{0{,}200}} = \sqrt{400} = 20{,}0\ \text{rad·s}^{-1},
Q=mω0α=0,200×20,00,800=4,000,800=5,00.Q = \frac{m\,\omega_0}{\alpha} = \frac{0{,}200 \times 20{,}0}{0{,}800} = \frac{4{,}00}{0{,}800} = 5{,}00.

Comme Q=5,00>12Q = 5{,}00 > \dfrac{1}{2}, le régime est pseudo-périodique : la masse va osciller en s'amortissant. (On aurait obtenu le même nombre par Q=kmα=80,0×0,2000,800=4,000,800Q = \dfrac{\sqrt{km}}{\alpha} = \dfrac{\sqrt{80{,}0 \times 0{,}200}}{0{,}800} = \dfrac{4{,}00}{0{,}800}.)

2. La pseudo-période. La période propre vaut

T0=2πω0=2π20,00,314 s,T_0 = \frac{2\pi}{\omega_0} = \frac{2\pi}{20{,}0} \approx 0{,}314\ \text{s},

et la pseudo-pulsation

ω=ω0114Q2=20,0×11100=20,00,9919,90 rad⋅s1,\omega = \omega_0\sqrt{1 - \frac{1}{4Q^2}} = 20{,}0 \times \sqrt{1 - \frac{1}{100}} = 20{,}0\sqrt{0{,}99} \approx 19{,}90\ \text{rad·s}^{-1},

d'où

T=2πω0,316 s.T = \frac{2\pi}{\omega} \approx 0{,}316\ \text{s}.

La pseudo-période dépasse la période propre d'environ 0,50 %0{,}50\ \% : l'écart est réel mais faible, comme il se doit pour Q=5Q = 5. Il est positif, toujours.

3. Relaxation et décrément.

τ=2mα=2×0,2000,800=0,500 s,\tau = \frac{2m}{\alpha} = \frac{2 \times 0{,}200}{0{,}800} = 0{,}500\ \text{s},
δ=Tτ0,31570,5000,631.\delta = \frac{T}{\tau} \approx \frac{0{,}3157}{0{,}500} \approx 0{,}631.

Contrôle par la formule directe, qui n'utilise que QQ : δ=2π4Q21=2π990,631\delta = \dfrac{2\pi}{\sqrt{4Q^2 - 1}} = \dfrac{2\pi}{\sqrt{99}} \approx 0{,}631. Les deux chemins donnent le même nombre, ce qui valide TT au passage. Le rapport de deux maxima successifs vaut e0,6311,88\mathrm{e}^{0{,}631} \approx 1{,}88 : chaque oscillation conserve 1/1,8853 %1/1{,}88 \approx 53\ \% de l'amplitude précédente, donc en perd 47 %47\ \%. Retiens la hiérarchie des trois nombres : le rapport 1,881{,}88, son logarithme 0,6310{,}631 — c'est le décrément — et le pourcentage conservé 53 %53\ \%. Les confondre est la faute la plus fréquente du chapitre.

4. Après trois pseudo-périodes.

A3=A0e3δ5,00×e1,8945,00×0,1500,75 cm.A_3 = A_0\,\mathrm{e}^{-3\delta} \approx 5{,}00 \times \mathrm{e}^{-1{,}894} \approx 5{,}00 \times 0{,}150 \approx 0{,}75\ \text{cm}.

Il reste donc environ 7,57{,}5 mm : l'amplitude a été divisée par près de sept en trois oscillations, soit un peu moins d'une seconde. L'énergie, elle, a été divisée par environ (1/0,150)244(1/0{,}150)^2 \approx 44 : il n'en reste que 2 %2\ \%.

5. La masse critique. Le régime critique exige Q=12Q = \dfrac{1}{2}, soit km=α2\sqrt{km} = \dfrac{\alpha}{2}, donc

mc=α24k=0,80024×80,0=0,640320=2,00×103 kg=2,00 g.m_c = \frac{\alpha^2}{4k} = \frac{0{,}800^2}{4 \times 80{,}0} = \frac{0{,}640}{320} = 2{,}00 \times 10^{-3}\ \text{kg} = 2{,}00\ \text{g}.

Autrement dit, avec ce ressort et ce fluide, il faudrait une masse cent fois plus légère pour supprimer les oscillations. À l'inverse, l'amortisseur qu'il faudrait pour rendre critique la masse de 200200 g serait αc=2km=2×4,00=8,00\alpha_c = 2\sqrt{km} = 2 \times 4{,}00 = 8{,}00 N·s·m⁻¹, soit dix fois celui du montage.

Contrôle d'ensemble. T>T0T > T_0 ? Oui, de peu, cohérent avec QQ grand. δ\delta de l'ordre de quelques dixièmes ? Oui. τ\tau de l'ordre de quelques pseudo-périodes ? τ/T1,6\tau/T \approx 1{,}6, et QQ grand annonce quelques oscillations visibles : cohérent. Trois vérifications qui ne coûtent rien et attrapent presque toutes les erreurs de formule.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : les trois régimes et l'enveloppe

Figure (fig.physics.damped-oscillator, SVG programmatique à produire) : deux panneaux, la comparaison des régimes à gauche, la mesure du décrément à droite.

  • Panneau gauche — trois régimes, mêmes conditions initiales. Un repère unique : axe horizontal tt en secondes, gradué de 00 à 1,51{,}5, à partir de zéro ; axe vertical xx en centimètres, gradué de 4-4 à +5+5, avec l'axe x=0x = 0 tracé en trait continu et étiqueté « position d'équilibre ». Trois courbes issues du même point (0 ; 5)(0\ ;\ 5) avec une tangente horizontale (lâcher sans vitesse), toutes calculées pour ω0=20,0\omega_0 = 20{,}0 rad·s⁻¹ : (1) Q=5Q = 5, trait plein, oscillante et amortie ; (2) Q=0,5Q = 0{,}5, trait tireté, retour direct sans franchir l'axe ; (3) Q=0,15Q = 0{,}15, trait pointillé, retour direct mais nettement plus lent que le précédent. Trois étiquettes posées le long des courbes elles-mêmes — pas seulement dans une légende de couleurs — « pseudo-périodique, Q=5Q = 5 », « critique, Q=0,5Q = 0{,}5 : le plus rapide », « apériodique, Q=0,15Q = 0{,}15 : plus amorti, donc plus lent ». Une bande verticale grisée marque l'instant où la courbe critique passe sous 1 %1\ \% de A0A_0, et une flèche montre que la courbe apériodique y est encore au-dessus : c'est la démonstration visuelle du contre-sens le plus fréquent.
  • Panneau droit — lire le décrément. La seule courbe Q=5Q = 5, agrandie, avec son enveloppe ±A0et/τ\pm A_0\,\mathrm{e}^{-t/\tau} tracée en trait fin des deux côtés et étiquetée « τ=0,500\tau = 0{,}500 s ». Les trois premiers maxima sont marqués par des disques, à t0t \approx 0, t0,316t \approx 0{,}316 s et t0,632t \approx 0{,}632 s, avec leurs ordonnées 5,005{,}00 ; 2,662{,}66 et 1,421{,}42 cm. Un segment horizontal double flèche entre les deux premiers maxima porte « T0,316T \approx 0{,}316 s (pseudo-période) », et une accolade verticale reliant leurs deux hauteurs porte « rapport 1,88\approx 1{,}88, donc δ=ln1,880,631\delta = \ln 1{,}88 \approx 0{,}631 ». En pointillé, la période propre T00,314T_0 \approx 0{,}314 s est reportée sur le même axe, juste en dessous, pour montrer qu'elle est plus courte — l'écart est petit, il est donc dessiné avec un agrandissement local encadré.

Ce qu'il faut lire. À gauche : le régime ne se devine pas à l'œil, il se calcule par QQ comparé à 12\dfrac{1}{2} ; et « plus amorti » n'est pas « plus rapide ». À droite : le décrément n'est pas une propriété d'un instant mais d'un rapport entre deux instants séparés d'une pseudo-période, et ce rapport est le même quel que soit le couple de maxima choisi — c'est ce qui en fait une mesure fiable.

La figure en détail : la figure comprend deux graphiques. Dans le premier, trois courbes partent du même écart initial avec une vitesse nulle et reviennent vers la position d'équilibre, tracée en trait continu. La première oscille de part et d'autre de l'équilibre en s'amortissant ; la deuxième revient à l'équilibre sans le dépasser, et c'est elle qui y parvient le plus vite ; la troisième, plus fortement freinée, revient sans dépassement elle aussi, mais plus lentement. Chaque courbe porte son étiquette le long de son tracé, et une bande verticale montre que la courbe la plus amortie est encore loin de l'équilibre quand la deuxième y est déjà. Le second graphique agrandit la courbe oscillante : deux courbes exponentielles décroissantes symétriques encadrent ses oscillations, les trois premiers maxima sont marqués, l'écart de temps entre les deux premiers est indiqué comme pseudo-période, et le rapport de leurs hauteurs est indiqué comme la quantité dont le logarithme est le décrément logarithmique. La période propre, plus courte, est reportée en dessous pour comparaison.

Oscillateur amorti : trois régimes pour les mêmes conditions initiales, et la lecture du décrément logarithmique sur la courbe pseudo-périodique — Deux graphiques. À gauche, repère t de 0 à 1,5 s (300 px par seconde, t = 0 en x = 84) et x…

Bloc 5 sur 7 · Formules

Ce qu'il faut retenir

  • mx¨=kxαx˙    x¨+ω0Qx˙+ω02x=0m\,\ddot{x} = -k\,x - \alpha\,\dot{x} \iff \ddot{x} + \frac{\omega_0}{Q}\,\dot{x} + \omega_0^{\,2}\,x = 0
  • ω0=kmQ=mω0α=kmα(sans dimension)\omega_0 = \sqrt{\frac{k}{m}} \qquad Q = \frac{m\,\omega_0}{\alpha} = \frac{\sqrt{k\,m}}{\alpha} \quad (\text{sans dimension})
  • Q<12:apeˊriodiqueQ=12:critiqueQ>12:pseudo-peˊriodiqueQ < \tfrac{1}{2} : \text{apériodique} \qquad Q = \tfrac{1}{2} : \text{critique} \qquad Q > \tfrac{1}{2} : \text{pseudo-périodique}
  • ω=ω0114Q2T=2πω=T0114Q2>T0\omega = \omega_0\sqrt{1 - \frac{1}{4Q^2}} \qquad T = \frac{2\pi}{\omega} = \frac{T_0}{\sqrt{1 - \frac{1}{4Q^2}}} > T_0
  • τ=2Qω0=2mαδ=lnx(t)x(t+T)=Tτ=2π4Q21An=A0enδ\tau = \frac{2Q}{\omega_0} = \frac{2m}{\alpha} \qquad \delta = \ln\frac{x(t)}{x(t+T)} = \frac{T}{\tau} = \frac{2\pi}{\sqrt{4Q^2 - 1}} \qquad A_n = A_0\,\mathrm{e}^{-n\delta}
  • dEdt=αx˙20mc=α24k(reˊgime critique aˋ k et α donneˊs)\frac{\mathrm{d}E}{\mathrm{d}t} = -\alpha\,\dot{x}^{\,2} \le 0 \qquad m_c = \frac{\alpha^{2}}{4k} \quad (\text{régime critique à } k \text{ et } \alpha \text{ donnés})
Tableau : Grandeur, Expression, Unité, Ce qu'elle dit
GrandeurExpressionUnitéCe qu'elle dit
Pulsation propreω0=k/m\omega_0 = \sqrt{k/m}rad·s⁻¹la rapidité de l'oscillateur sans frottement
Facteur de qualitéQ=km/αQ = \sqrt{km}/\alphasans unitéla faiblesse de l'amortissement ; décide du régime
Pseudo-pulsationω=ω011/(4Q2)\omega = \omega_0\sqrt{1 - 1/(4Q^2)}rad·s⁻¹définie seulement si Q>1/2Q > 1/2
Pseudo-périodeT=2π/ωT = 2\pi/\omegastoujours supérieure à T0=2π/ω0T_0 = 2\pi/\omega_0
Temps de relaxationτ=2m/α=2Q/ω0\tau = 2m/\alpha = 2Q/\omega_0sl'amplitude est divisée par e\mathrm{e} ; ne dépend pas de kk
Décrément logarithmiqueδ=T/τ=2π/4Q21\delta = T/\tau = 2\pi/\sqrt{4Q^2-1}sans unitéle logarithme du rapport de deux maxima successifs
Masse critiquemc=α2/(4k)m_c = \alpha^2/(4k)kgla masse qui annule les oscillations, à kk et α\alpha donnés

Ordres de grandeur utiles. Un ressort de travaux pratiques a une raideur de quelques dizaines de N·m⁻¹ ; un facteur de qualité de 1010 correspond à une dizaine d'oscillations visibles et à un écart T/T0T/T_0 de 0,13 %0{,}13\ \% seulement ; un amortisseur de véhicule est réglé un peu en deçà du régime critique (QQ légèrement supérieur à 1/21/2), pour absorber vite sans rebondir.

Ce qui n'est pas dans cette leçon. Le régime sinusoïdal forcé et la résonance, la fonction de transfert et le diagramme de Bode, le portrait de phase, le frottement solide (force d'intensité constante, qui donne une décroissance linéaire de l'amplitude et non exponentielle). Le circuit RLC série obéit à la même équation, mais son étude appartient à la fiche d'électrocinétique du même cycle.

Bloc 6 sur 7 · Pièges

Pièges fréquents

  1. Confondre pseudo-période et période propre. T=T011/(4Q2)T = \dfrac{T_0}{\sqrt{1 - 1/(4Q^2)}} : le dénominateur est strictement plus petit que 11, donc T>T0T > T_0, toujours. Si ton calcul donne une pseudo-période plus courte que la période propre, c'est une racine mal placée, pas un cas particulier.
  2. Annoncer un régime pseudo-périodique dès qu'il y a des frottements. Le frottement ne suffit pas : il faut Q>12Q > \dfrac{1}{2}. Un amortissement fort supprime complètement les oscillations. Le seul test valable est le calcul de QQ, jamais l'allure supposée du dispositif.
  3. Prendre le décrément pour le rapport de deux élongations. δ\delta est le logarithme de ce rapport. Un rapport de 1,91{,}9 donne δ0,63\delta \approx 0{,}63 ; annoncer δ=1,9\delta = 1{,}9 trahit l'oubli du logarithme, et le nombre est presque toujours trop grand d'un facteur 33 environ.
  4. Croire que « plus amorti » veut dire « revient plus vite ». C'est faux au-delà du régime critique : au-delà, une exponentielle lente apparaît, et le retour traîne. Le retour le plus rapide est obtenu exactement en Q=12Q = \dfrac{1}{2}.
  5. Faire dépendre τ\tau de la raideur. τ=2mα\tau = \dfrac{2m}{\alpha} : le ressort n'y figure pas. Changer kk change la pseudo-période et le décrément, jamais le temps de relaxation de l'amplitude.
  6. Confondre le temps de décroissance de l'amplitude et celui de l'énergie. L'énergie est quadratique en amplitude : elle décroît en e2t/τ\mathrm{e}^{-2t/\tau}, donc deux fois plus vite. Une amplitude divisée par 22 est une énergie divisée par 44.
  7. Oublier que QQ est sans dimension. Si ton expression de QQ porte une unité, elle est fausse. C'est le contrôle le plus rapide du chapitre : km\sqrt{km} et α\alpha s'expriment tous deux en kg·s⁻¹.
  8. Écrire l'équation caractéristique avec un signe faux. Elle se lit directement sur la forme canonique : r2+ω0Qr+ω02=0r^2 + \dfrac{\omega_0}{Q}r + \omega_0^{\,2} = 0. Les deux coefficients sont positifs, donc les racines réelles éventuelles sont négatives — ce qui est heureux, sans quoi le mouvement divergerait.
  9. Utiliser ω\omega dans l'enveloppe, ou ω0\omega_0 dans le cosinus. La solution est Aeω0t/(2Q)cos(ωt+φ)A\,\mathrm{e}^{-\omega_0 t/(2Q)}\cos(\omega t + \varphi) : le taux d'extinction fait intervenir ω0\omega_0 et QQ, l'oscillation fait intervenir ω\omega. Les échanger donne un décrément faux d'un facteur voisin de 11, donc difficile à repérer sur un ordre de grandeur : seule la relecture de la formule protège.

Bloc 7 sur 7 · Vérifier

Vérifier : le décrément logarithmique

Le modèle d'entraînement. L'exercice associé à cette leçon décrit un montage masse-ressort-amortisseur dont l'énoncé donne toujours mm, kk et α\alpha, et rien d'autre : le facteur de qualité, la pseudo-période, le décrément, le temps de relaxation, l'amplitude après nn pseudo-périodes ou la masse qui rendrait le régime critique sont demandés tour à tour, selon le tirage. Les définitions ne sont jamais rappelées dans l'énoncé — c'est le contenu de la fiche. Un modèle voisin, à choix multiples, propose quatre valeurs de même unité, chacun des trois distracteurs étant l'une des erreurs listées ci-dessus.

Énoncé type. Une masse m=0,500m = 0{,}500 kg est reliée à un ressort de raideur k=50,0k = 50{,}0 N·m⁻¹ et soumise à une force de frottement fluide f=αv\vec{f} = -\alpha\vec{v} avec α=2,50\alpha = 2{,}50 N·s·m⁻¹. Déterminer le décrément logarithmique du mouvement.

Corrigé complet.

1. Pulsation propre.

ω0=km=50,00,500=100=10,0 rad⋅s1.\omega_0 = \sqrt{\frac{k}{m}} = \sqrt{\frac{50{,}0}{0{,}500}} = \sqrt{100} = 10{,}0\ \text{rad·s}^{-1}.

2. Facteur de qualité, et régime.

Q=kmα=50,0×0,5002,50=25,02,50=5,002,50=2,00.Q = \frac{\sqrt{k\,m}}{\alpha} = \frac{\sqrt{50{,}0 \times 0{,}500}}{2{,}50} = \frac{\sqrt{25{,}0}}{2{,}50} = \frac{5{,}00}{2{,}50} = 2{,}00.

Q=2,00>12Q = 2{,}00 > \dfrac{1}{2} : le régime est pseudo-périodique, le décrément a donc un sens. (Sans cette vérification, la formule suivante donnerait une racine d'un nombre négatif.)

3. Décrément, par la formule directe.

δ=2π4Q21=2π4×4,001=2π156,2833,8731,62.\delta = \frac{2\pi}{\sqrt{4Q^2 - 1}} = \frac{2\pi}{\sqrt{4 \times 4{,}00 - 1}} = \frac{2\pi}{\sqrt{15}} \approx \frac{6{,}283}{3{,}873} \approx 1{,}62.

4. Contrôle par l'autre chemin. On peut aussi passer par le temps et vérifier que les deux routes concordent :

τ=2mα=2×0,5002,50=0,400 s,\tau = \frac{2m}{\alpha} = \frac{2 \times 0{,}500}{2{,}50} = 0{,}400\ \text{s},
ω=ω0114Q2=10,01116=10,00,93759,68 rad⋅s1,T=2πω0,649 s,\omega = \omega_0\sqrt{1 - \frac{1}{4Q^2}} = 10{,}0\sqrt{1 - \frac{1}{16}} = 10{,}0\sqrt{0{,}9375} \approx 9{,}68\ \text{rad·s}^{-1}, \qquad T = \frac{2\pi}{\omega} \approx 0{,}649\ \text{s},
δ=Tτ0,6490,4001,62.\delta = \frac{T}{\tau} \approx \frac{0{,}649}{0{,}400} \approx 1{,}62. \quad \checkmark

5. Lire le résultat. Un décrément de 1,621{,}62 signifie que deux maxima successifs sont dans le rapport e1,625,1\mathrm{e}^{1{,}62} \approx 5{,}1 : l'amplitude est divisée par cinq à chaque oscillation. Avec Q=2Q = 2, on ne verra donc que deux ou trois oscillations — cohérent avec le sens du facteur de qualité. On vérifie aussi que T0,649T \approx 0{,}649 s dépasse bien T0=2π10,00,628T_0 = \dfrac{2\pi}{10{,}0} \approx 0{,}628 s.

Réponse : δ1,62\delta \approx 1{,}62 (grandeur sans unité).

Auto-contrôle. Ai-je vérifié Q>12Q > \dfrac{1}{2} avant d'employer une formule du régime pseudo-périodique ? Mon QQ est-il bien sans unité ? Ai-je pris le logarithme du rapport des maxima, et non le rapport lui-même ? Et ma pseudo-période dépasse-t-elle la période propre ?

L’exercice interactif de cette leçon attend la fin de sa relecture scientifique. L’énoncé type ci-dessus est complet : il se travaille tel quel.

Sources

  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de physique-chimie de la classe de MPSI, partie « Signaux physiques » : oscillateur amorti en régime libre (facteur de qualité, régimes apériodique, critique et pseudo-périodique)
  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de physique-chimie de la classe de PCSI, partie « Signaux physiques » : oscillateur amorti en régime libre
  • D. Halliday, R. Resnick, J. Walker, Physique (3 vol.), Dunod — chapitre sur les oscillations amorties

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