Physique · Seconde · 15 min de lecture
La loi de Coulomb : la jumelle électrique de la gravitation
Charge électrique (coulomb, charge élémentaire e), attraction/répulsion, F = k |q_A q_B| / d², comparaison avec la gravitation.
Chapitre du programme : Mouvement et interactions
Bloc 1 sur 7 · Comprendre
Comprendre : la charge, une grandeur qui a un signe
Frotte une règle en plastique sur un pull et approche-la de petits bouts de papier : ils sautent vers elle. Frotte deux ballons de baudruche et approche-les l'un de l'autre : ils s'écartent. Une même cause — l'électrisation — produit tantôt une attraction, tantôt une répulsion. Aucune interaction vue jusqu'ici ne sait faire les deux : la gravitation, elle, ne fait qu'attirer. La différence tient à la grandeur qui commande l'interaction.
La charge électrique est une grandeur physique qui peut être positive ou négative. Elle s'exprime en coulombs (symbole C). Deux charges de même signe se repoussent ; deux charges de signes opposés s'attirent.
D'où vient la charge ? De la structure de la matière, que la chimie de seconde décrit en parallèle : les protons portent une charge positive, les électrons une charge négative de même valeur, et un corps s'électrise en gagnant ou perdant des électrons — jamais en en créant. La plus petite charge isolable est celle du proton, appelée charge élémentaire :
Toute charge observée est un multiple entier de : un ion qui a perdu deux électrons porte C ; un électron porte . Attention à ne pas confondre le nombre de charges élémentaires (un entier, sans unité, lu sur la formule de l'ion) et la charge elle-même (en coulombs).
Reste à chiffrer la force. La loi a été établie par Charles-Augustin Coulomb en 1785, avec une balance de torsion — et sa forme va te sembler étrangement familière :
Loi de Coulomb. Deux corps ponctuels A et B, portant les charges et , séparés d'une distance , exercent l'un sur l'autre des forces de même valeur , avec en newtons (N), les charges en coulombs (C), en mètres (m), et N·m²·C⁻² la constante de Coulomb, toujours donnée.
Une constante, un produit de deux grandeurs propres aux corps, une distance au carré au dénominateur : c'est, terme à terme, la structure de la loi de gravitation de la leçon précédente. Les barres de valeur absolue signalent la seule subtilité d'écriture : la valeur d'une force est toujours positive, quel que soit le signe des charges. Le signe des charges ne règle pas la valeur — il règle le sens : attraction ou répulsion.
Bloc 2 sur 7 · Approfondir
Approfondir : deux lois jumelles, deux mondes
La comparaison terme à terme. Mettons les deux lois face à face — c'est le cœur du programme, et les deux leçons sont faites pour être lues ensemble.
| Gravitation | Électrostatique | |
|---|---|---|
| Loi | ||
| Grandeur qui interagit | la masse (kg), toujours positive | la charge (C), positive ou négative |
| Sens de l'interaction | toujours attractive | attractive ou répulsive, selon les signes |
| Effet de la distance | en | en , identiquement |
| Réciprocité | même valeur des deux côtés | même valeur des deux côtés |
| Constante | (minuscule) | (énorme) |
Les ressemblances d'abord, parce qu'elles font gagner du temps : tout ce que tu sais manier sur la gravitation se transpose tel quel. Multiplier la distance par divise la force par ; la force est réciproque (la petite charge « rend » exactement ce qu'elle reçoit) ; isoler une charge ou la distance suit les mêmes gestes algébriques ; et la distance est celle des centres.
Les différences ensuite, parce qu'elles sont la matière des questions de cours.
Première différence : le signe. Une masse est positive, une charge ne l'est pas forcément. La gravitation ne sait qu'attirer ; l'électrostatique attire () ou repousse (). C'est la répulsion qui rend l'électricité si visible au quotidien : cheveux qui se dressent, ballons qui s'écartent.
Seconde différence : l'ordre de grandeur. Comparons les deux forces entre deux protons (charge , masse kg). Comme les deux lois sont en , la distance se simplifie dans leur rapport, qui ne dépend de rien d'autre que des constantes :
Un suivi de trente-six zéros. Entre particules, la gravitation est si ridiculement faible qu'on l'ignore purement et simplement : c'est l'interaction électrostatique qui fait la cohésion de la matière — elle retient les électrons autour des noyaux, elle lie les ions dans un cristal de sel.
Alors pourquoi la gravitation gouverne-t-elle le ciel ? Si l'électricité est fois plus forte, pourquoi les planètes obéissent-elles à Newton et pas à Coulomb ? Parce que la matière, à grande échelle, est électriquement neutre : autant de protons que d'électrons, des charges qui se compensent, une force électrique résultante quasi nulle. Les masses, elles, ne se compensent jamais — elles s'ajoutent toujours. La gravitation gagne le cosmos par forfait : minuscule mais jamais annulée, elle est la seule qui reste quand tout est neutre.
Les unités en pratique. Un coulomb est une charge énorme : les corps électrisés du laboratoire portent des nanocoulombs ( nC C) ou des microcoulombs ( µC C). Toute donnée en nC ou µC se convertit en coulombs avant d'entrer dans la loi, et toute distance en centimètres se convertit en mètres — la loi ne travaille qu'en unités SI, comme toujours.
Bloc 3 sur 7 · Exemple
Exemple guidé : deux sphères chargées, puis l'atome
Énoncé. Deux sphères conductrices isolées portent les charges µC et µC. Leurs centres sont distants de cm. Par ailleurs, dans un atome d'hydrogène, un électron (charge ) se trouve à la distance m d'un proton (charge ). On donne N·m²·C⁻² et C.
Question 1. Les deux sphères s'attirent-elles ou se repoussent-elles ? Calculer la valeur de la force, avec 3 chiffres significatifs.
Question 2. Calculer la valeur de la force électrostatique entre l'électron et le proton, avec 3 chiffres significatifs, et préciser son sens.
---
Question 1 — les deux sphères.
1. Lire les signes. Les deux charges sont positives : même signe, les sphères se repoussent. Le sens est réglé avant tout calcul — la loi ne donnera que la valeur.
2. Convertir en unités SI. µC C ; C ; cm m.
3. Appliquer la loi, d'un seul trait.
Les deux sphères se repoussent, chacune subissant une force d'environ N.
4. Contrôler. Quelques newtons — le poids d'une petite bouteille d'eau — pour des charges de quelques microcoulombs à vingt centimètres : c'est l'ordre de grandeur d'une belle expérience d'électrostatique. Et par réciprocité, la sphère la moins chargée subit exactement la même valeur de force que l'autre.
Question 2 — l'électron et le proton.
1. Lire les signes. et : signes opposés, la force est attractive — c'est elle qui retient l'électron autour du noyau.
2. Écrire le produit des charges. Les deux charges ont la même valeur absolue , donc C².
3. Appliquer la loi.
La force qui lie l'électron au proton vaut environ N, attractive.
4. Interpréter l'ordre de grandeur. Huit centièmes de micronewton : cela semble infime, mais rapporté à la masse dérisoire de l'électron, c'est une emprise colossale — et c'est cette force, pas la gravitation, qui fait tenir l'atome. Le même calcul mené avec la loi de gravitation (masses de l'électron et du proton au lieu des charges) donnerait un résultat environ fois plus faible : à l'échelle atomique, la gravitation ne compte pas.
Bloc 4 sur 7 · Visualiser
Visualiser : les signes décident, la distance atténue
Figure (fig.physics.coulomb-law, SVG programmatique à produire) : trois panneaux empilés.
- Panneau du haut — les trois cas de signes. Trois lignes. Ligne 1 : deux sphères marquées et , flèches de force divergentes (chacune fuit l'autre), légende « même signe : répulsion ». Ligne 2 : deux sphères et , flèches divergentes également. Ligne 3 : sphères et , flèches convergentes (chacune pointe vers l'autre), légende « signes opposés : attraction ». Sur chaque ligne, les deux flèches ont exactement la même longueur, et une note commune à droite : « valeur identique des deux côtés, quel que soit le déséquilibre des charges ».
- Panneau du milieu — la décroissance en . Même construction que dans la leçon sur la gravitation, volontairement : trois paires de charges aux distances , , , flèches de force en « », « », « », et la courbe décroissante au-dessus. Une étiquette souligne le parallèle : « même géométrie que la gravitation — seule la grandeur qui interagit change ».
- Panneau du bas — le duel des deux interactions. Deux protons face à face. Entre eux, deux flèches superposées à des échelles incomparables : une grande flèche pleine « force électrostatique (répulsive) » et, dessinée en insert grossi à la loupe car invisible à l'échelle, une flèche minuscule « force gravitationnelle (attractive) ». La légende porte le rapport calculé en cours : « rapport ≈ , indépendant de la distance ». En vis-à-vis, une vignette d'astres neutres avec la mention : « matière neutre à grande échelle : l'électricité s'annule, la gravitation reste ».
Ce qu'il faut lire. Le panneau du haut sépare ce que règlent les signes (le sens : attraction ou répulsion) de ce que règle la loi (la valeur, toujours positive) — et rappelle la réciprocité par l'égalité des flèches. Le panneau du milieu montre que la signature en est commune aux deux grandes lois de la seconde. Le panneau du bas résout le paradoxe apparent : l'électricité écrase la gravitation entre particules, mais s'annule dans la matière neutre — chaque interaction règne sur son échelle.
Bloc 5 sur 7 · Formules
Ce qu'il faut retenir
| Relation ou règle | Énoncé | Domaine de validité |
|---|---|---|
| Loi de Coulomb | corps ponctuels ou sphériques ; de centre à centre | |
| Sens de l'interaction | décidé par les signes, jamais par la loi elle-même | toujours |
| Réciprocité | même valeur de force des deux côtés | toujours — une seule interaction |
| Effet de la distance | force divisée par quand la distance est multipliée par (par pour une distance triplée) | lecture directe du — la lettre reste réservée à la constante |
| Charge d'un ion | , signe compris | lu sur la formule de l'ion |
| Rapport à la gravitation | entre deux protons, indépendant de la distance | les deux lois étant en |
Les unités. Charges en coulombs, distance en mètres, force en newtons — conversions avant la substitution (nC et µC vers C, cm vers m). La valeur absolue dans la loi n'est pas décorative : elle garantit une valeur de force positive même quand le produit des charges est négatif.
Le miroir gravitationnel, en une phrase. Même forme, même , même réciprocité que la loi de gravitation ; deux différences seulement — la charge a un signe (l'électrostatique sait repousser) et les intensités sont sans commune mesure à l'échelle des particules. Réviser l'une des deux leçons, c'est réviser la moitié de l'autre.
Bloc 6 sur 7 · Pièges
Pièges fréquents
- Oublier que deux charges de même signe se repoussent. Le réflexe « interaction = attraction », hérité de la gravitation, est faux ici : le sens dépend des signes, et lui seul. Avant tout calcul, lire les signes et écrire « attraction » ou « répulsion » — la loi, avec sa valeur absolue, ne le dira pas à ta place.
- Oublier d'élever la distance au carré. Même piège, même remède que pour la gravitation : la parenthèse se tape en entier à la calculatrice, puissance comprise, avant de diviser.
- Confondre la charge et le nombre de charges élémentaires. Un ion porte charges élémentaires (un entier sans unité) et une charge C (des coulombs). Répondre « » quand on demande la charge, c'est confondre le compteur et la grandeur comptée.
- Oublier les conversions de préfixes. Des microcoulombs pris pour des coulombs faussent le résultat d'un facteur dans le produit des charges. Toute donnée passe en unités SI avant la substitution — nC, µC, cm compris.
- Donner un signe à la valeur de la force. La valeur est une norme : positive par définition, d'où la valeur absolue dans la loi. Le signe des charges s'exprime dans le sens des flèches, pas dans le nombre de newtons.
- Croire que la petite charge subit moins que la grosse. Les deux charges figurent dans le même produit : les deux forces ont la même valeur, exactement comme la Terre et la pomme en gravitation. Ce qui diffère, c'est l'effet, jamais la force.
- Faire dépendre le rapport gravitation/électricité de la distance. Les deux lois sont en : dans leur rapport, la distance disparaît. Le entre deux protons vaut à un nanomètre comme à un kilomètre — c'est un rapport de constantes, pas une affaire d'éloignement.
- En conclure que la gravitation ne sert à rien. Entre particules, oui, on la néglige. Mais à grande échelle, la matière est neutre : les charges se compensent, les masses jamais. Chaque interaction domine son monde — l'atome pour Coulomb, le ciel pour Newton — et confondre les échelles fait rater les questions de cours des deux leçons.
Bloc 7 sur 7 · Vérifier
Vérifier : signes, conversions, loi en 1/d²
Le modèle d'entraînement. L'exercice associé à cette leçon fait manier la loi de Coulomb dans les deux sens (calculer la force, retrouver la distance), calcule la charge d'un ion à partir de sa formule (, signe compris), et chiffre la force qui lie l'électron au proton dans l'atome d'hydrogène. Les charges sont données en nanocoulombs ou microcoulombs et les distances en centimètres : les conversions font partie de l'exercice. Un modèle voisin, à choix multiples, interroge le qualitatif — signes et sens, effet d'un changement de distance, comparaison avec la gravitation.
Énoncé type. Deux petites billes métalliques ont été électrisées puis suspendues face à face. La première porte la charge µC, la seconde µC. Leurs centres sont distants de cm. On donne N·m²·C⁻². Les billes s'attirent-elles ou se repoussent-elles ? Calculer la valeur de la force électrostatique, en newtons, avec 3 chiffres significatifs.
Corrigé complet.
1. Lire les signes. et : signes opposés, les billes s'attirent. Le sens est acquis ; reste la valeur.
2. Convertir en unités SI. C ; C ; m.
3. Appliquer la loi, valeur absolue comprise, d'un seul trait :
Les billes s'attirent, chacune subissant une force d'environ N.
4. Contrôler. Ordre de grandeur : quelques newtons pour des microcoulombs à quelques dizaines de centimètres — cohérent avec l'expérience décrite. Le signe négatif de n'apparaît pas dans la valeur : il a déjà servi, à l'étape 1, à décider de l'attraction. Et par réciprocité, la bille la moins chargée subit la même valeur de force que l'autre.
Auto-contrôle. Trois questions avant de rendre. Ai-je décidé du sens avant de calculer, en lisant les signes ? Mes charges sont-elles en coulombs et ma distance en mètres ? Et le carré de la distance est-il bien passé au dénominateur ?
Sources
- BO spécial n°1 du 22 janvier 2019 — programme de physique-chimie de seconde générale et technologique, « Mouvement et interactions : interaction électrostatique »
- D. Halliday, R. Resnick, J. Walker, Physique, vol. 2, Dunod, chap. « La charge électrique » et table des constantes physiques
- BIPM, Le Système international d'unités (SI), 9e édition, 2019 — le coulomb, la charge élémentaire
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