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Chimie · Licence 1 · 18 min de lecture

La RMN du proton : lire un spectre, retrouver la molécule

Déplacement chimique, protons équivalents, intégration, multiplicité (règle des n + 1 voisins), attribution d'un spectre simple.

Chapitre du programme : Chimie organique : méthodes spectroscopiques

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : un signal par environnement de proton

L'infrarouge te disait qu'une molécule contient un O–H ou un C=O. Il ne te disait pas , ni combien de carbones les séparent. La résonance magnétique nucléaire du proton (RMN 1H^{1}\mathrm{H}) répond à cette question : elle compte les environnements d'hydrogène, dit combien de protons chacun regroupe, et combien de protons se trouvent à côté.

Le fait mesuré. Placé dans un champ magnétique intense, le noyau d'hydrogène absorbe une onde radio à une fréquence précise, dite de résonance. Cette fréquence dépend très légèrement de l'entourage électronique du proton : les électrons voisins font écran au champ. Un proton entouré d'atomes électronégatifs (O, Cl) ou proche d'un C=O est déblindé : il résonne à une fréquence un peu plus élevée. Ces écarts sont minuscules — quelques centaines de hertz sur des centaines de mégahertz — et c'est pourquoi on les exprime en parties par million de la fréquence de l'appareil.

Déplacement chimique. On mesure l'écart de fréquence entre le signal du proton et celui d'une référence, le tétraméthylsilane (TMS, Si(CH3)4\mathrm{Si(CH_3)_4}, dont les douze protons équivalents donnent un seul signal fixé à 00), et on le rapporte à la fréquence de l'appareil :

δ=ννTMSν0×106(en ppm).\delta = \frac{\nu - \nu_{\mathrm{TMS}}}{\nu_{0}} \times 10^{6} \quad (\text{en ppm}).

Le déplacement chimique ne dépend pas de l'appareil : un proton à δ=2,5\delta = 2{,}5 ppm y est à 10001000 Hz du TMS sur un spectromètre à 400400 MHz et à 150150 Hz sur un appareil à 6060 MHz — la même valeur de δ\delta pour deux écarts en hertz différents. C'est ce qui permet de publier des tables.

Protons équivalents, nombre de signaux. Deux protons sont équivalents s'ils ont exactement le même environnement chimique — même atome porteur, mêmes voisins, une symétrie de la molécule les échange. Ils résonnent au même δ\delta et forment un seul signal. Le nombre de signaux d'un spectre est donc le nombre de groupes de protons équivalents, jamais le nombre de protons. L'éthanol CH3CH2OH\mathrm{CH_3{-}CH_2{-}OH} a six protons et trois signaux : les trois H du CH3\mathrm{CH_3}, les deux H du CH2\mathrm{CH_2}, le H de l'O–H. La propanone CH3COCH3\mathrm{CH_3{-}CO{-}CH_3} a six protons et un seul signal : les deux méthyles sont échangés par la symétrie de la molécule.

La table, donnée. Les zones de déplacement chimique les plus utiles, telles qu'un énoncé les fournit :

Tableau : Environnement du proton, \delta (ppm)
Environnement du protonδ\delta (ppm)
H porté par un carbone lié seulement à des carbones saturés0,80{,}8 à 2,02{,}0
H porté par un carbone voisin d'un C=O (cétone, acide, ester, aldéhyde)2,02{,}0 à 2,52{,}5
H porté par un carbone lié à un O (alcool, éther, ester)3,23{,}2 à 4,24{,}2
H porté par un carbone lié à un Cl3,43{,}4 à 4,54{,}5
H du groupe H–C=O d'un aldéhyde9,59{,}5 à 10,010{,}0
H du groupe O–H d'un acide carboxylique1010 à 1212
H du groupe O–H d'un alcool (singulet souvent large)11 à 55

Lis-la comme une échelle de déblindage : plus le proton est proche d'un atome qui attire les électrons, plus δ\delta est grand. Elle ne remplace pas le raisonnement, elle le vérifie.

Intégration. L'aire d'un signal est proportionnelle au nombre de protons qui le produisent. L'appareil trace une courbe d'intégration ; on lit des rapports d'aires, jamais des nombres absolus. Dans l'éthanol, les aires sont dans le rapport 3:2:13 : 2 : 1. Un rapport 3:2:13 : 2 : 1 peut aussi être 6:4:26 : 4 : 2 : c'est la formule brute qui tranche.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : la multiplicité, ou compter les voisins

Le couplage. Un proton « sent » le champ magnétique des protons portés par les atomes voisins — ceux liés à l'atome qui le porte. Chaque proton voisin peut être orienté dans un sens ou dans l'autre, ce qui décale très légèrement la résonance vers le haut ou vers le bas. Le signal se dédouble, se détriple… il s'éclate en plusieurs pics rapprochés.

Règle des n+1n + 1. Un groupe de protons équivalents dont les atomes voisins portent nn protons, équivalents entre eux, donne un signal éclaté en n+1n + 1 pics. Les protons du groupe lui-même ne comptent pas.

Sur l'éthanol : le CH3\mathrm{CH_3} a pour voisin le carbone du CH2\mathrm{CH_2}, qui porte 22 protons — son signal est un triplet (2+1=32 + 1 = 3 pics). Le CH2\mathrm{CH_2} a pour voisins le carbone du CH3\mathrm{CH_3} (33 protons) et l'oxygène de l'O–H : son signal est un quadruplet (3+1=43 + 1 = 4 pics), l'O–H ne comptant pas — voir plus bas. Retiens le vocabulaire : singulet (11 pic), doublet (22), triplet (33), quadruplet (44), quintuplet (55), sextuplet (66), septuplet (77).

Les hauteurs des pics ne sont pas quelconques : elles suivent le triangle de Pascal, parce que chaque configuration des nn voisins a un poids binomial. Doublet 1:11 : 1 ; triplet 1:2:11 : 2 : 1 ; quadruplet 1:3:3:11 : 3 : 3 : 1 ; quintuplet 1:4:6:4:11 : 4 : 6 : 4 : 1 ; septuplet 1:6:15:20:15:6:11 : 6 : 15 : 20 : 15 : 6 : 1. Les pics extrêmes d'un septuplet sont soixante-quatre fois plus petits que la somme : on les rate facilement, et un septuplet ressemble alors à un quintuplet. Compter les pics et vérifier les intensités évite l'erreur.

Constante de couplage. L'écart entre deux pics voisins d'un même signal est la constante de couplage JJ, mesurée en hertz. Contrairement à δ\delta, JJ ne dépend pas du champ de l'appareil : sur un spectre à 400400 MHz, un couplage de 77 Hz occupe 7/4000,0187/400 \approx 0{,}018 ppm ; sur un appareil à 6060 MHz, 7/600,127/60 \approx 0{,}12 ppm. Un appareil plus puissant sépare donc mieux les signaux (les δ\delta s'écartent en hertz) sans changer les multiplets (les JJ restent en hertz). C'est aussi une méthode : deux multiplets qui partagent la même JJ sont voisins l'un de l'autre.

Quand la règle des n+1n + 1 s'applique. Elle suppose que tous les voisins sont équivalents entre eux. Si un groupe a des voisins de deux sortes — un CH2\mathrm{CH_2} entre un CH3\mathrm{CH_3} et un autre CH2\mathrm{CH_2} —, chaque sorte éclate le signal à sa manière, et l'on obtient un multiplet plus complexe ; si les deux couplages sont voisins, on observe un sextuplet apparent (3+2+13 + 2 + 1). Les exercices de ce chapitre ne posent que des molécules où la règle vaut sans réserve ; sache qu'elle a une limite.

Le proton de l'O–H. Dans un alcool, le proton de l'hydroxyle s'échange rapidement avec les traces d'eau du milieu : il change de molécule des milliers de fois par seconde. Ce qu'on observe est une moyenne : le couplage avec les protons du carbone voisin est moyenné et disparaît — l'O–H donne un singulet, souvent large, et n'éclate pas les signaux voisins. Preuve par l'échange : si l'on ajoute une goutte d'eau lourde D2O\mathrm{D_2O}, le proton est remplacé par un deutérium, invisible en RMN du proton, et le signal disparaît. Un signal qui disparaît dans D2O\mathrm{D_2O} est un O–H (ou un N–H). Retiens la convention des énoncés : l'O–H ne couple avec personne et n'est compté comme voisin par personne.

La méthode d'attribution, en cinq gestes.

  1. Compter les signaux : autant de groupes de protons équivalents.
  2. Lire les intégrations : le rapport donne les effectifs (à un facteur près, fixé par la formule brute).
  3. Placer chaque signal dans une zone de la table : quel atome déblinde ?
  4. Lire les multiplicités : n+1n + 1 pics signifient nn protons voisins.
  5. Assembler les fragments et vérifier que la formule brute est respectée.

Ce que l'IR et la RMN disent chacune. L'IR reconnaît des liaisons — il y a un C=O, il y a un O–H. La RMN reconstruit le squelette — ce C=O est entre un méthyle et un éthyle. Les deux se complètent ; aucune ne remplace l'autre.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : deux isomères, un seul spectre les distingue

Énoncé. Deux esters ont la même formule brute C4H8O2\mathrm{C_4H_8O_2} : l'éthanoate d'éthyle CH3COOCH2CH3\mathrm{CH_3{-}COO{-}CH_2{-}CH_3} et le propanoate de méthyle CH3CH2COOCH3\mathrm{CH_3{-}CH_2{-}COO{-}CH_3}. Le spectre RMN 1H^{1}\mathrm{H} de l'un d'eux présente trois signaux :

Tableau : \delta (ppm), Intégration, Multiplicité
δ\delta (ppm)IntégrationMultiplicité
3,73{,}733 Hsingulet
2,32{,}322 Hquadruplet
1,11{,}133 Htriplet
  1. Prévoir le spectre de chacun des deux esters (nombre de signaux, intégrations, multiplicités, zones).
  2. Attribuer le spectre. Quel signal permet de trancher ?

---

1. Prévoir. Les deux molécules ont trois groupes de protons, donc trois signaux et une intégration 3:2:33 : 2 : 3 dans les deux cas : ni le nombre de signaux ni les aires ne les distinguent.

Éthanoate d'éthyle, CH3COOCH2CH3\mathrm{CH_3{-}COO{-}CH_2{-}CH_3} :

  • le CH3\mathrm{CH_3} lié au C=O : aucun proton voisin (le carbone voisin est le carbone du C=O, qui ne porte pas de H) — singulet, 33 H, zone « voisin d'un C=O » : 2,02{,}0 à 2,52{,}5 ppm ;
  • le CH2\mathrm{CH_2} lié à l'oxygène : voisins, les 33 H du méthyle — quadruplet, 22 H, zone « carbone lié à un O » : 3,23{,}2 à 4,24{,}2 ppm ;
  • le CH3\mathrm{CH_3} terminal : voisins, les 22 H du CH2\mathrm{CH_2}triplet, 33 H, zone alkyle : 0,80{,}8 à 2,02{,}0 ppm.

Propanoate de méthyle, CH3CH2COOCH3\mathrm{CH_3{-}CH_2{-}COO{-}CH_3} :

  • le CH3\mathrm{CH_3} lié à l'oxygène : aucun voisin porteur de H — singulet, 33 H, zone « lié à un O » : 3,23{,}2 à 4,24{,}2 ppm ;
  • le CH2\mathrm{CH_2} voisin du C=O : voisins, les 33 H du méthyle — quadruplet, 22 H, zone « voisin d'un C=O » : 2,02{,}0 à 2,52{,}5 ppm ;
  • le CH3\mathrm{CH_3} terminal : triplet, 33 H, zone alkyle.

2. Attribuer. Les multiplicités sont les mêmes (singulet 33 H, quadruplet 22 H, triplet 33 H) : c'est la position du singulet et du quadruplet qui tranche. Dans le spectre donné, le singulet est à 3,73{,}7 ppm — zone d'un carbone lié à un oxygène — et le quadruplet à 2,32{,}3 ppm — zone d'un voisin de C=O. Le méthyle isolé est donc porté par l'oxygène, et le CH2\mathrm{CH_2} est collé au carbonyle :

le spectre est celui du propanoate de méthyle.

Pour l'éthanoate d'éthyle, on aurait lu l'inverse : singulet vers 2,02{,}0 à 2,52{,}5 ppm et quadruplet vers 3,23{,}2 à 4,24{,}2 ppm.

Contrôle. Le triplet à 1,11{,}1 ppm intègre pour 33 H et le quadruplet pour 22 H : ces deux signaux partagent la même constante de couplage, ils forment le fragment éthyle CH3CH2\mathrm{CH_3{-}CH_2}. Le singulet, isolé, n'est couplé à rien. Total : 3+2+3=83 + 2 + 3 = 8 protons, conforme à C4H8O2\mathrm{C_4H_8O_2}. \checkmark

Lecture. Le nombre de signaux dit combien d'environnements ; l'intégration dit combien de protons dans chacun ; la multiplicité dit qui est à côté de qui ; le déplacement chimique dit à côté de quoi. Ici, seule la quatrième information distinguait les deux isomères.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : ce que l'IR montre, ce que la RMN ajoute

Figure (fig.chemistry.ir-spectroscopy, figure programmatique de la leçon de première sur la spectroscopie infrarouge, réutilisée ici comme point de comparaison) : deux spectres infrarouges schématiques superposés, qui partagent le même axe horizontal — le nombre d'onde, de 40004000 à 400 cm1400\ \mathrm{cm^{-1}}, décroissant vers la droite — et le même axe vertical de transmittance (00 à 100100 %, une absorption est un creux vers le bas). Trois bandes verticales grisées repèrent les zones O–H d'alcool (32003200 à 36003600), C–H (28002800 à 30003000) et C=O (16501650 à 1750 cm11750\ \mathrm{cm^{-1}}).

  • Spectre du haut, butan-1-ol CH3CH2CH2CH2OH\mathrm{CH_3{-}CH_2{-}CH_2{-}CH_2{-}OH} : un creux large et profond vers 33503350 (O–H), un creux fin vers 29502950 (C–H), rien dans la zone C=O. Le cartouche dit : pas de creux ici, pas de carbonyle.
  • Spectre du bas, butan-2-one CH3COCH2CH3\mathrm{CH_3{-}CO{-}CH_2{-}CH_3} : un creux fin et très profond vers 17151715 (C=O), rien au-dessus de 30003000. Cartouche : pas de bande large, pas de O–H.
  • Le cartouche du bas résume la limite de la méthode : un spectre IR identifie des groupes, pas une molécule ; aldéhyde et cétone ont le même creux C=O.

Ce qu'il faut y lire pour cette leçon. L'IR sait qu'il y a un O–H dans la première molécule et un C=O dans la seconde. Il ne sait pas combien de carbones porte la chaîne, ni où se trouve le carbonyle. La RMN du proton, elle, le sait. Pour la butan-2-one, elle donnerait trois signaux : le CH3\mathrm{CH_3} lié au C=O, singulet de 33 H dans la zone 2,02{,}0 à 2,52{,}5 ppm ; le CH2\mathrm{CH_2}, quadruplet de 22 H dans la même zone ; le CH3\mathrm{CH_3} terminal, triplet de 33 H vers 0,80{,}8 à 2,02{,}0 ppm. Ces trois signaux excluent le butanal, isomère qui aurait un proton d'aldéhyde entre 9,59{,}5 et 1010 ppm — exactement la distinction que l'IR ne fait pas. Pour le butan-1-ol, cinq signaux : le triplet du CH3\mathrm{CH_3} ; deux multiplets pour les deux CH2\mathrm{CH_2} du milieu, dont les voisins ne sont pas tous équivalents ; le triplet du CH2\mathrm{CH_2} lié à l'oxygène, déblindé vers 3,23{,}2 à 4,24{,}2 ppm ; le singulet large de l'O–H, qui disparaîtrait dans D2O\mathrm{D_2O}.

Ce que la figure ne montre pas, et qu'il faut imaginer : un spectre RMN. Son axe horizontal serait le déplacement chimique en ppm, de 1212 à gauche à 00 à droite (le TMS à l'extrême droite), et non un nombre d'onde ; ses signaux seraient des pics fins vers le haut, éclatés en multiplets, surmontés d'une courbe d'intégration en escalier — et non des creux de transmittance. Les deux spectroscopies ne mesurent pas la même chose : l'IR, des vibrations de liaisons ; la RMN, des environnements de noyaux. Aucune des deux n'est une image de la molécule.

Spectres infrarouges schématiques du butan-1-ol et de la butan-2-one : position, intensité, allure des bandes O–H, C–H et C=O — Deux graphiques superposés qui partagent le même axe horizontal, gradué en nombre d'onde de 4 000 à gauche…

Bloc 5 sur 7 · Formules

Ce qu'il faut retenir

  • δ=ννTMSν0×106 (ppm)δ(TMS)=0\delta = \frac{\nu - \nu_{\mathrm{TMS}}}{\nu_{0}} \times 10^{6} \ \text{(ppm)} \qquad \delta(\mathrm{TMS}) = 0
  • nombre de signaux=nombre de groupes de protons eˊquivalents\text{nombre de signaux} = \text{nombre de groupes de protons équivalents}
  • aire d’un signalnombre de protons du groupe\text{aire d'un signal} \propto \text{nombre de protons du groupe}
  • n protons voisins eˊquivalents    n+1 pics (intensiteˊs binomiales)n \text{ protons voisins équivalents} \implies n + 1 \text{ pics (intensités binomiales)}
  • J en Hz, indeˊpendante de ν0δ en ppm, indeˊpendant de ν0J \text{ en Hz, indépendante de } \nu_{0} \qquad \delta \text{ en ppm, indépendant de } \nu_{0}
Tableau : Ce que l'on lit, Ce que cela dit, Ce que cela ne dit pas
Ce que l'on litCe que cela ditCe que cela ne dit pas
Nombre de signauxnombre d'environnements de protonsle nombre de protons
Position δ\deltaà côté de quel atome est le proton (table)combien de protons
Intégrationrapport des effectifs des groupesles effectifs absolus (il faut la formule brute)
Multiplicité (n+1n + 1 pics)nn protons sur les atomes voisinsles protons du groupe lui-même
Disparition dans D2O\mathrm{D_2O}le proton est un O–H ou un N–Hsa position sur la chaîne

Les multiplets et leurs intensités : singulet ; doublet 1:11 : 1 ; triplet 1:2:11 : 2 : 1 ; quadruplet 1:3:3:11 : 3 : 3 : 1 ; quintuplet 1:4:6:4:11 : 4 : 6 : 4 : 1 ; septuplet 1:6:15:20:15:6:11 : 6 : 15 : 20 : 15 : 6 : 1.

Trois conventions des énoncés. L'O–H d'un alcool est un singulet et ne compte comme voisin de personne ; la table de déplacements chimiques est donnée ; la règle des n+1n + 1 n'est appliquée qu'à des voisins équivalents entre eux.

Ce qui n'est pas dans cette leçon. L'origine quantique de la résonance, les constantes de couplage chiffrées et les systèmes de couplage complexes, la RMN du carbone 13, la RMN à deux dimensions.

Bloc 6 sur 7 · Pièges

Pièges fréquents

  1. Compter ses propres protons comme voisins. Le CH3\mathrm{CH_3} de l'éthanol donne un triplet parce que le carbone voisin porte 22 H — pas un sextuplet (3+2+13 + 2 + 1). Les protons d'un groupe n'éclatent pas leur propre signal.
  2. Confondre nombre de signaux et nombre de protons. La propanone a 66 protons et 11 signal ; l'éthanol, 66 protons et 33 signaux. On compte des environnements.
  3. Oublier que l'O–H est un singulet. Le carbone voisin porte des H, la règle des n+1n + 1 prévoirait un éclatement — mais l'échange rapide avec le milieu le moyenne. Et l'O–H n'éclate pas non plus ses voisins : le CH2\mathrm{CH_2} de l'éthanol est un quadruplet, pas un quintuplet.
  4. Lire l'intégration en nombre absolu de protons. La courbe donne des rapports ; 3:2:13 : 2 : 1 vaut aussi pour 6:4:26 : 4 : 2. C'est la formule brute qui fixe l'échelle.
  5. Placer le méthyle isolé du bon côté sans regarder δ\delta. Un singulet de 33 H peut être un CH3\mathrm{CH_3} sur un C=O (2,02{,}0 à 2,52{,}5 ppm) ou sur un oxygène (3,23{,}2 à 4,24{,}2 ppm). Les deux esters de l'exemple ne se distinguent que par là.
  6. Croire que JJ se mesure en ppm. La constante de couplage est un écart de fréquence, en hertz, le même sur tous les appareils ; convertie en ppm, elle dépendrait du spectromètre. Deux multiplets qui partagent la même JJ sont voisins.
  7. Appliquer n+1n + 1 à des voisins non équivalents. Un CH2\mathrm{CH_2} entre un CH3\mathrm{CH_3} et un autre CH2\mathrm{CH_2} ne donne pas nécessairement un sextuplet propre : les deux couplages peuvent différer, et le multiplet se complique. Les exercices choisissent des molécules où la règle vaut ; la réalité ne le fait pas toujours.
  8. Conclure sur une molécule à partir d'un seul indice. Trois signaux et 3:2:33 : 2 : 3 conviennent aux deux isomères de l'exemple. On assemble les fragments, puis on vérifie la formule brute : une attribution qui n'est pas vérifiée n'est pas une attribution.

Bloc 7 sur 7 · Vérifier

Vérifier : signaux, pics et aires sur une molécule réelle

Le modèle d'entraînement. L'exercice associé à cette leçon pose une molécule réelle d'une banque de vingt (nom et formule semi-développée), choisie pour que chaque groupe de protons n'ait que des voisins équivalents entre eux, et demande l'un de trois dénombrements : le nombre de signaux (toujours différent du nombre de protons dans les molécules retenues), le nombre de pics d'un signal désigné (la convention de l'O–H est écrite dans l'énoncé), ou le rapport des aires de deux signaux désignés. Un modèle voisin, à choix multiples, demande d'attribuer un spectre décrit en tableau à une molécule parmi quatre — des isomères d'abord —, de placer un signal dans une zone de la table donnée, ou d'expliquer le comportement du proton O–H.

Énoncé type. On enregistre le spectre RMN du proton du propan-2-ol, de formule semi-développée (CH3)2CHOH\mathrm{(CH_3)_2CH{-}OH}. Le proton porté par l'oxygène s'échange rapidement avec le milieu : il ne couple avec aucun voisin et n'est compté comme voisin d'aucun autre proton.

  1. Combien de signaux ce spectre présente-t-il ?
  2. En combien de pics le signal du proton du groupe CH est-il éclaté ?
  3. L'aire du signal des protons des deux groupes CH3\mathrm{CH_3} vaut combien de fois celle du signal du proton du groupe CH ?

Corrigé complet.

1. Compter les environnements. La molécule porte huit protons, répartis en trois groupes : les six protons des deux méthyles, échangés par la symétrie de la molécule (un seul environnement) ; le proton du CH central ; le proton de l'O–H.

Trois signaux — pour huit protons.

2. Compter les voisins. Le carbone du CH est lié à deux carbones qui portent chacun 33 protons, tous équivalents entre eux, et à l'oxygène de l'O–H, qui ne compte pas par convention : n=6n = 6.

Le signal est éclaté en n+1=7n + 1 = 7 pics : un septuplet, d'intensités 1:6:15:20:15:6:11 : 6 : 15 : 20 : 15 : 6 : 1.

Ses pics extrêmes sont petits : il faut savoir qu'on cherche sept pics pour les voir tous.

3. Comparer les aires. L'aire est proportionnelle au nombre de protons : 66 pour les méthyles, 11 pour le CH.

Le rapport vaut 61=6\dfrac{6}{1} = 6.

Contrôle. Réciproquement, le signal des méthyles est un doublet (un seul voisin, le H du CH), dans la zone alkyle ; le CH, lié à un oxygène, tombe entre 3,23{,}2 et 4,24{,}2 ppm ; l'O–H est un singulet large. Le total des intégrations, 6+1+1=86 + 1 + 1 = 8, est conforme à C3H8O\mathrm{C_3H_8O}. \checkmark

Réponses : 33 signaux ; 77 pics ; rapport 66.

Auto-contrôle. Ai-je compté des environnements, et non des protons ? Pour la multiplicité, ai-je compté les protons des atomes voisins, en excluant le groupe lui-même et l'O–H ? Le rapport des aires est-il un rapport d'effectifs, le plus grand au numérateur ? La somme des intégrations retrouve-t-elle la formule brute ?

L’exercice interactif de cette leçon attend la fin de sa relecture scientifique. L’énoncé type ci-dessus est complet : il se travaille tel quel.

Sources

  • J. Clayden, N. Greeves, S. Warren, Chimie organique, De Boeck
  • BO spécial n°8 du 25 juillet 2019 — programme de spécialité physique-chimie de terminale générale

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