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Chimie · Licence 1 · 16 min de lecture

Lois de vitesse : trouver l'ordre d'une réaction

Vitesse volumique de réaction rapportée aux nombres stœchiométriques ; loi de vitesse, ordres partiels et ordre global, constante de vitesse et son unité ; intégration des lois d'ordre 0, 1 et 2 et temps de demi-réaction associés ; méthodes expérimentales de détermination d'un ordre (méthode intégrale, méthode différentielle, temps de demi-réaction, dégénérescence de l'ordre) ; loi d'Arrhenius et énergie d'activation.

Chapitre du programme : Chimie générale

Bloc 1 sur 7 · Comprendre

Comprendre : une vitesse, une loi, un ordre

En terminale, la loi d'ordre 1 t'a été donnée. Ce chapitre pose la question qu'on ne posait pas : d'où sort l'ordre d'une réaction, et comment le mesure-t-on ? La réponse tient en une phrase à retenir : l'ordre est une donnée expérimentale. Il ne se lit pas sur l'équation-bilan.

Définir la vitesse sans ambiguïté. Pour une réaction 2AB\mathrm{2\,A \to B}, la concentration de A\mathrm{A} baisse deux fois plus vite que celle de B\mathrm{B} ne monte. Pour qu'une seule vitesse décrive la réaction, on rapporte chaque dérivée au nombre stœchiométrique :

Vitesse volumique de réaction (volume constant) : v=1νid[Xi]dt\quad v = \dfrac{1}{\nu_i}\,\dfrac{\mathrm{d}[X_i]}{\mathrm{d}t}, avec νi\nu_i algébrique — négatif pour un réactif, positif pour un produit.

Ainsi v=12d[A]dt=d[B]dtv = -\dfrac{1}{2}\dfrac{\mathrm{d}[\mathrm{A}]}{\mathrm{d}t} = \dfrac{\mathrm{d}[\mathrm{B}]}{\mathrm{d}t} : positive, unique, en molL1s1\mathrm{mol \cdot L^{-1} \cdot s^{-1}}. Oublier le 12\tfrac{1}{2} double la vitesse — et fausse la constante qu'on en déduit.

La loi de vitesse. Pour beaucoup de réactions, l'expérience montre que la vitesse s'écrit

v=k[A]p[B]q,v = k\,[\mathrm{A}]^{p}\,[\mathrm{B}]^{q},

pp et qq sont les ordres partiels, p+qp + q l'ordre global, et kk la constante de vitesse, qui ne dépend que de la température (et du catalyseur éventuel). Les ordres sont souvent des entiers petits, parfois des demi-entiers, parfois rien du tout — la réaction n'admet pas d'ordre. Rien ne relie pp aux nombres stœchiométriques : 2AB\mathrm{2\,A \to B} peut être d'ordre 1 par rapport à A\mathrm{A}.

L'unité de kk dépend de l'ordre. Comme vv est en molL1s1\mathrm{mol \cdot L^{-1} \cdot s^{-1}} et que [A]n[\mathrm{A}]^{n} est en (molL1)n(\mathrm{mol \cdot L^{-1}})^{n}, on a kk en (molL1)1ns1(\mathrm{mol \cdot L^{-1}})^{1 - n} \cdot \mathrm{s^{-1}} :

Tableau : Ordre global n, Unité de k
Ordre global nnUnité de kk
00molL1s1\mathrm{mol \cdot L^{-1} \cdot s^{-1}}
11s1\mathrm{s^{-1}}
22Lmol1s1\mathrm{L \cdot mol^{-1} \cdot s^{-1}}

Une constante en s1\mathrm{s^{-1}} annonce un ordre 1 ; c'est un contrôle gratuit sur une copie.

Intégrer, pour un seul réactif. Considérons Aproduits\mathrm{A \to produits}, v=d[A]dt=k[A]nv = -\dfrac{\mathrm{d}[\mathrm{A}]}{\mathrm{d}t} = k[\mathrm{A}]^{n}. (Si l'équation est 2A\mathrm{2\,A \to \ldots}, la même démarche vaut avec 2k2k à la place de kk : c'est la convention qu'il faut écrire avant de calculer.)

  • Ordre 0 : d[A]dt=k\dfrac{\mathrm{d}[\mathrm{A}]}{\mathrm{d}t} = -k, donc [A]=[A]0kt[\mathrm{A}] = [\mathrm{A}]_0 - kt : décroissance linéaire, jusqu'à épuisement à t=[A]0/kt = [\mathrm{A}]_0/k. Temps de demi-réaction : t1/2=[A]02kt_{1/2} = \dfrac{[\mathrm{A}]_0}{2k}, proportionnel à la concentration initiale.
  • Ordre 1 : d[A]dt=k[A]\dfrac{\mathrm{d}[\mathrm{A}]}{\mathrm{d}t} = -k[\mathrm{A}], donc [A]=[A]0ekt[\mathrm{A}] = [\mathrm{A}]_0\,e^{-kt}, soit ln[A]=ln[A]0kt\ln[\mathrm{A}] = \ln[\mathrm{A}]_0 - kt. t1/2=ln2kt_{1/2} = \dfrac{\ln 2}{k}, indépendant de [A]0[\mathrm{A}]_0.
  • Ordre 2 : d[A]dt=k[A]2\dfrac{\mathrm{d}[\mathrm{A}]}{\mathrm{d}t} = -k[\mathrm{A}]^{2}, donc 1[A]=1[A]0+kt\dfrac{1}{[\mathrm{A}]} = \dfrac{1}{[\mathrm{A}]_0} + kt. t1/2=1k[A]0t_{1/2} = \dfrac{1}{k[\mathrm{A}]_0}, inversement proportionnel à la concentration initiale.

Trois lois, trois fonctions affines du temps : [A][\mathrm{A}], ln[A]\ln[\mathrm{A}], 1[A]\dfrac{1}{[\mathrm{A}]}. C'est ce qui rend l'ordre mesurable.

Bloc 2 sur 7 · Approfondir

Approfondir : quatre méthodes, puis la température

1. Méthode intégrale. On dispose d'une série [A](t)[\mathrm{A}](t). On fait une hypothèse d'ordre, on trace la fonction qui doit être affine — [A][\mathrm{A}] pour l'ordre 0, ln[A]\ln[\mathrm{A}] pour l'ordre 1, 1/[A]1/[\mathrm{A}] pour l'ordre 2 — et l'on regarde laquelle des trois donne une droite. La pente donne kk (au signe près). Le piège : sur un intervalle court, toute courbe régulière ressemble à une droite. Il faut tracer les trois et comparer, et suivre la réaction sur plusieurs temps de demi-réaction.

2. Méthode différentielle. On mesure la vitesse vv à plusieurs concentrations (pente de la tangente à [A](t)[\mathrm{A}](t), ou vitesses initiales pour plusieurs [A]0[\mathrm{A}]_0). Comme lnv=lnk+nln[A]\ln v = \ln k + n \ln[\mathrm{A}], le tracé de lnv\ln v en fonction de ln[A]\ln[\mathrm{A}] est une droite de pente nn — l'ordre, directement, entier ou non. Cas simple : si doubler [A]0[\mathrm{A}]_0 double la vitesse initiale, n=1n = 1 ; si elle est quadruplée, n=2n = 2 ; multipliée par 21,52,832^{1{,}5} \approx 2{,}83, n=3/2n = 3/2.

3. Méthode des temps de demi-réaction. On mesure t1/2t_{1/2} pour plusieurs concentrations initiales — ou, sur une seule courbe, on compare la première demi-réaction (de [A]0[\mathrm{A}]_0 à [A]0/2[\mathrm{A}]_0/2) à la seconde (de [A]0/2[\mathrm{A}]_0/2 à [A]0/4[\mathrm{A}]_0/4), qui part d'une concentration moitié :

Tableau : Ordre, t_{1/2}, Seconde demi-réaction
Ordret1/2t_{1/2}Seconde demi-réaction
00[A]02k\dfrac{[\mathrm{A}]_0}{2k}moitié de la première
11ln2k\dfrac{\ln 2}{k}égale à la première
221k[A]0\dfrac{1}{k[\mathrm{A}]_0}double de la première

4. Dégénérescence de l'ordre. Pour v=k[A]p[B]qv = k[\mathrm{A}]^{p}[\mathrm{B}]^{q}, on place B\mathrm{B} en grand excès : [B][\mathrm{B}] reste pratiquement égal à [B]0[\mathrm{B}]_0 pendant toute la réaction, et vkapp[A]pv \approx k_{\text{app}}[\mathrm{A}]^{p} avec kapp=k[B]0qk_{\text{app}} = k[\mathrm{B}]_0^{\,q}. La réaction se comporte comme si elle était d'ordre pp — un pseudo-ordre — et les méthodes 1 à 3 donnent pp. En recommençant avec plusieurs [B]0[\mathrm{B}]_0, le tracé de lnkapp\ln k_{\text{app}} contre ln[B]0\ln[\mathrm{B}]_0 donne qq. « Excès » signifie un facteur 1010 au moins, et l'hypothèse se vérifie sur le bilan final.

Ce que ces méthodes ne disent pas. L'ordre décrit comment la vitesse dépend des concentrations ; il ne dit pas pourquoi. Un ordre 1 ne prouve pas une étape élémentaire unique, et un ordre nul par rapport à un réactif signifie seulement que sa concentration n'intervient pas dans la vitesse — par exemple parce qu'une autre étape est limitante. L'interprétation par les mécanismes vient dans un chapitre ultérieur.

La température : loi d'Arrhenius. La constante de vitesse croît avec la température, le plus souvent selon

k=AeEa/(RT),k = A\,e^{-E_a/(RT)},

EaE_a est l'énergie d'activation (en Jmol1\mathrm{J \cdot mol^{-1}}), R=8,314 Jmol1K1R = 8{,}314\ \mathrm{J \cdot mol^{-1} \cdot K^{-1}}, TT la température absolue en kelvin, et AA le facteur préexponentiel, de même unité que kk. En logarithme, lnk=lnAEaR1T\ln k = \ln A - \dfrac{E_a}{R}\cdot\dfrac{1}{T} : le tracé de lnk\ln k contre 1/T1/T est une droite de pente Ea/R-E_a/R. Entre deux températures :

lnk2k1=EaR(1T11T2).\ln \frac{k_2}{k_1} = \frac{E_a}{R}\left(\frac{1}{T_1} - \frac{1}{T_2}\right).

Pour Ea=50 kJmol1E_a = 50\ \mathrm{kJ \cdot mol^{-1}}, passer de 298298 à 308308 K multiplie kk par exp ⁣(500008,314(12981308))1,93\exp\!\left(\dfrac{50\,000}{8{,}314}\left(\dfrac{1}{298} - \dfrac{1}{308}\right)\right) \approx 1{,}93. La règle « la vitesse double tous les dix degrés » n'est donc pas une loi : elle correspond à Ea53 kJmol1E_a \approx 53\ \mathrm{kJ \cdot mol^{-1}} autour de la température ambiante, et à rien d'autre. Plus EaE_a est grande, plus la réaction est sensible à la température : pour 100 kJmol1100\ \mathrm{kJ \cdot mol^{-1}}, le même écart multiplie kk par 3,73{,}7.

Bloc 3 sur 7 · Exemple

Exemple guidé : un tableau, trois hypothèses, un ordre

Énoncé. On suit la concentration d'un réactif A\mathrm{A} au cours d'une réaction Aproduits\mathrm{A \to produits}, à température constante. Les valeurs ci-dessous sont construites pour l'exercice.

Tableau : t (s), 0, 100, 200, 400, 600
tt (s)00100100200200400400600600
[A][\mathrm{A}] (mol/L)0,10000{,}10000,06670{,}06670,05000{,}05000,03330{,}03330,02500{,}0250
  1. Déterminer l'ordre de la réaction par la méthode intégrale, et la constante de vitesse.
  2. Confirmer par la méthode des temps de demi-réaction.
  3. La même réaction à 308308 K (au lieu de 298298 K) a une énergie d'activation de 50 kJmol150\ \mathrm{kJ \cdot mol^{-1}}. Estimer sa constante de vitesse.

---

1. Trois tracés. On calcule les trois fonctions candidates :

Tableau : t (s), 0, 100, 200, 400, 600
tt (s)00100100200200400400600600
[A][\mathrm{A}]0,10000{,}10000,06670{,}06670,05000{,}05000,03330{,}03330,02500{,}0250
ln[A]\ln[\mathrm{A}]2,303-2{,}3032,708-2{,}7082,996-2{,}9963,401-3{,}4013,689-3{,}689
1/[A]1/[\mathrm{A}] (L/mol)10,010{,}015,015{,}020,020{,}030,030{,}040,040{,}0
  • Ordre 0 ? [A][\mathrm{A}] perd 0,03330{,}0333 sur les cent premières secondes, puis 0,01670{,}0167 sur les cent suivantes : ce n'est pas affine. Rejeté.
  • Ordre 1 ? ln[A]\ln[\mathrm{A}] perd 0,4050{,}405 de 00 à 100100 s, puis 0,2880{,}288 de 100100 à 200200 s ; et de 200200 à 400400 s (deux cents secondes) il perd 0,4050{,}405, de 400400 à 600600 s, 0,2880{,}288. Les pentes décroissent : pas une droite. Rejeté — même si, sur les deux premiers points seulement, on aurait pu s'y tromper.
  • Ordre 2 ? 1/[A]1/[\mathrm{A}] gagne 5,05{,}0 par 100100 s, puis 5,05{,}0, puis 10,010{,}0 par 200200 s, puis 10,010{,}0 : affine, de pente 0,050 Lmol1s10{,}050\ \mathrm{L \cdot mol^{-1} \cdot s^{-1}}.

La réaction est d'ordre 2 et k=0,050 Lmol1s1k = 0{,}050\ \mathrm{L \cdot mol^{-1} \cdot s^{-1}} — l'unité confirme l'ordre.

2. Temps de demi-réaction. De 0,10000{,}1000 à 0,05000{,}0500 : t1/2=200t_{1/2} = 200 s (lu directement). De 0,05000{,}0500 à 0,02500{,}0250 : de 200200 à 600600 s, soit 400400 s — le double. C'est la signature de l'ordre 2 ; l'ordre 1 aurait donné deux durées égales, l'ordre 0 une seconde durée moitié. Et 1k[A]0=10,050×0,100=200\dfrac{1}{k[\mathrm{A}]_0} = \dfrac{1}{0{,}050 \times 0{,}100} = 200 s : cohérent. \checkmark

3. Arrhenius. TT en kelvin, EaE_a en joules :

lnk2k1=500008,314(12981308)6014×1,090×1040,655,k2k11,93.\ln \frac{k_2}{k_1} = \frac{50\,000}{8{,}314}\left(\frac{1}{298} - \frac{1}{308}\right) \approx 6014 \times 1{,}090 \times 10^{-4} \approx 0{,}655, \qquad \frac{k_2}{k_1} \approx 1{,}93.

k(308 K)0,050×1,930,096 Lmol1s1k(308\ \mathrm{K}) \approx 0{,}050 \times 1{,}93 \approx 0{,}096\ \mathrm{L \cdot mol^{-1} \cdot s^{-1}}.

À cette température, le temps de demi-réaction tomberait à 10,096×0,100104\dfrac{1}{0{,}096 \times 0{,}100} \approx 104 s pour la même concentration initiale.

Lecture. Deux points ne suffisent jamais : c'est la comparaison des trois tracés sur toute la série qui identifie l'ordre, et le temps de demi-réaction le confirme sans aucun calcul de pente. L'unité de kk est la dernière vérification.

Bloc 4 sur 7 · Visualiser

Visualiser : deux demi-réactions égales, ou pas

Figure (fig.chemistry.first-order-kinetics, figure programmatique de la leçon de terminale sur la loi d'ordre 1, réutilisée ici parce qu'elle contient déjà la méthode des temps de demi-réaction) : deux panneaux.

  • Panneau 1. Un graphique du temps (00 à 14001400 s) et de la concentration (00 à 0,200{,}20 mol/L), repère non orthonormé. Deux courbes calculées point par point avec k=2,0×103 s1k = 2{,}0 \times 10^{-3}\ \mathrm{s^{-1}} : l'une part de 0,100{,}10 mol/L, l'autre de 0,200{,}20 mol/L ; toutes deux décroissent en s'aplatissant sans toucher l'axe. Des pointillés repèrent, sur la première, les instants où elle vaut 0,0500{,}050, 0,0250{,}025 puis 0,01250{,}0125 mol/L : 347347, 693693 et 10401040 s. Trois doubles flèches de longueurs rigoureusement égales sont cotées t1/2t_{1/2} sous l'axe. Ce qu'il faut y lire pour cette leçon : t1/2=ln22,0×103347t_{1/2} = \dfrac{\ln 2}{2{,}0 \times 10^{-3}} \approx 347 s, et la seconde courbe, partie du double, atteint sa propre moitié (0,100{,}10 mol/L) exactement au même instant, 347347 s — c'est la ligne « ordre 1 » du tableau des demi-réactions : t1/2t_{1/2} ne dépend pas de [A]0[\mathrm{A}]_0.
  • Panneau 2. Deux tableaux de six mesures. Dans le premier, la concentration est divisée par deux à chaque pas de 350350 s, et les deux premières demi-réactions, mesurées sur un ruban de temps, sont égales : ordre 1. Dans le second, la concentration diminue de 0,0200{,}020 mol/L à chaque pas — une décroissance linéaire : la première demi-réaction (de 0,1000{,}100 à 0,0500{,}050) dure 875875 s, la seconde (de 0,0500{,}050 à 0,0250{,}025) 437,5437{,}5 s, deux fois moins. Le cartouche conclut : ce n'est pas un ordre 1. Pour cette leçon, va plus loin que la figure : une décroissance linéaire dont la seconde demi-réaction est moitié de la première est la signature de l'ordre 0, avec k=0,0203505,7×105 molL1s1k = \dfrac{0{,}020}{350} \approx 5{,}7 \times 10^{-5}\ \mathrm{mol \cdot L^{-1} \cdot s^{-1}} — et t1/2=[A]02k=0,1002×5,7×105875t_{1/2} = \dfrac{[\mathrm{A}]_0}{2k} = \dfrac{0{,}100}{2 \times 5{,}7 \times 10^{-5}} \approx 875 s, ce que le ruban montre.

Ce que la figure ne montre pas, et qu'il faut imaginer : l'ordre 2, dont la seconde demi-réaction serait double de la première (la série de l'exemple guidé : 200200 s puis 400400 s) ; les tracés linéarisés ln[A]\ln[\mathrm{A}] et 1/[A]1/[\mathrm{A}] qui décident entre les hypothèses ; et l'effet de la température, qui changerait kk — donc l'espacement des flèches — sans changer l'ordre. La figure montre une méthode ; l'ordre 1 y est un cas, pas une règle.

Cinetique d'ordre 1 : la decroissance exponentielle et l'egalite des demi-reactions successives — Deux panneaux. Panneau 1 : un graphique du temps (0 a 1400 s) et de la concentration (0 a 0,20 mol/L).

Bloc 5 sur 7 · Formules

Ce qu'il faut retenir

  • v=1νid[Xi]dt(νi<0 pour un reˊactif),v=k[A]p[B]qv = \frac{1}{\nu_i}\,\frac{\mathrm{d}[X_i]}{\mathrm{d}t} \quad (\nu_i < 0 \text{ pour un réactif}), \qquad v = k\,[\mathrm{A}]^{p}\,[\mathrm{B}]^{q}
  • [k]=(molL1)1ns1(n ordre global)[k] = (\mathrm{mol \cdot L^{-1}})^{1 - n} \cdot \mathrm{s^{-1}} \quad (n \text{ ordre global})
  • ordre 0 : [A]=[A]0kt,t1/2=[A]02k\text{ordre 0 : } [\mathrm{A}] = [\mathrm{A}]_0 - kt, \quad t_{1/2} = \frac{[\mathrm{A}]_0}{2k}
  • ordre 1 : ln[A]=ln[A]0kt,t1/2=ln2k\text{ordre 1 : } \ln[\mathrm{A}] = \ln[\mathrm{A}]_0 - kt, \quad t_{1/2} = \frac{\ln 2}{k}
  • ordre 2 : 1[A]=1[A]0+kt,t1/2=1k[A]0\text{ordre 2 : } \frac{1}{[\mathrm{A}]} = \frac{1}{[\mathrm{A}]_0} + kt, \quad t_{1/2} = \frac{1}{k\,[\mathrm{A}]_0}
  • k=AeEa/(RT),lnk2k1=EaR(1T11T2)(T en kelvin)k = A\,e^{-E_a/(RT)}, \qquad \ln\frac{k_2}{k_1} = \frac{E_a}{R}\left(\frac{1}{T_1} - \frac{1}{T_2}\right) \quad (T \text{ en kelvin})
Tableau : Méthode, Ce qu'on mesure, Ce qui donne l'ordre
MéthodeCe qu'on mesureCe qui donne l'ordre
Intégrale[A](t)[\mathrm{A}](t)la seule fonction affine parmi [A][\mathrm{A}], ln[A]\ln[\mathrm{A}], 1/[A]1/[\mathrm{A}]
Différentiellevv à plusieurs [A][\mathrm{A}]pente de lnv\ln v contre ln[A]\ln[\mathrm{A}]
Demi-réactiont1/2t_{1/2} selon [A]0[\mathrm{A}]_0constant (1), proportionnel (0), inverse (2)
Dégénérescencekappk_{\text{app}} avec B\mathrm{B} en excèspseudo-ordre en A\mathrm{A}, puis qq par lnkapp\ln k_{\text{app}} contre ln[B]0\ln[\mathrm{B}]_0

Deux conventions à écrire avant de calculer. Le nombre stœchiométrique du réactif suivi (pour 2A\mathrm{2\,A}, les lois intégrées portent 2k2k) ; et le sens de « kk » — constante vraie ou apparente.

Ce qui n'est pas dans cette leçon. Les mécanismes et l'état quasi stationnaire, la catalyse, la théorie des collisions, les réactions en phase gazeuse suivies par la pression (même méthode, autre variable), et les réactions sans ordre.

Bloc 6 sur 7 · Pièges

Pièges fréquents

  1. Lire les ordres sur l'équation-bilan. 2AB\mathrm{2\,A \to B} ne dit rien de l'ordre par rapport à A\mathrm{A}. L'ordre se mesure ; le bilan ne sert qu'à définir la vitesse.
  2. Oublier le nombre stœchiométrique dans la vitesse. Pour 2AB\mathrm{2\,A \to B}, v=12d[A]/dtv = -\tfrac{1}{2}\,\mathrm{d}[\mathrm{A}]/\mathrm{d}t. Sans le 12\tfrac{1}{2}, toutes les constantes déduites sont doublées.
  3. Croire t1/2t_{1/2} toujours indépendant de [A]0[\mathrm{A}]_0. Ce n'est vrai qu'à l'ordre 1. À l'ordre 0, il est proportionnel à [A]0[\mathrm{A}]_0 ; à l'ordre 2, inversement proportionnel. C'est précisément ce qui en fait une méthode.
  4. Conclure à un ordre 1 parce que ln[A]\ln[\mathrm{A}] « ressemble » à une droite. Sur deux ou trois points, tout ressemble à une droite. On trace les trois fonctions sur toute la série, et l'on compare.
  5. Donner à kk une unité unique. Elle dépend de l'ordre : s1\mathrm{s^{-1}} à l'ordre 1, Lmol1s1\mathrm{L \cdot mol^{-1} \cdot s^{-1}} à l'ordre 2, molL1s1\mathrm{mol \cdot L^{-1} \cdot s^{-1}} à l'ordre 0. Une unité fausse signale un ordre faux.
  6. Utiliser Arrhenius avec des degrés Celsius. TT est en kelvin ; 125135\dfrac{1}{25} - \dfrac{1}{35} n'a aucun sens physique. Et EaE_a est en joules par mole si RR est en Jmol1K1\mathrm{J \cdot mol^{-1} \cdot K^{-1}}.
  7. Prendre « ça double tous les 10 °C » pour une loi. C'est le cas particulier Ea53 kJmol1E_a \approx 53\ \mathrm{kJ \cdot mol^{-1}} près de 2525 °C. Avec 100 kJmol1100\ \mathrm{kJ \cdot mol^{-1}}, la constante est multipliée par 3,73{,}7.
  8. Oublier de vérifier l'excès dans la dégénérescence. Si [B]0[\mathrm{B}]_0 n'est que le double de [A]0[\mathrm{A}]_0, [B][\mathrm{B}] chute de moitié pendant la réaction : kappk_{\text{app}} n'est pas constante, et le pseudo-ordre est une illusion. Un facteur 1010 au moins.
  9. Prendre un ordre pour un mécanisme. L'ordre 1 ne prouve pas une réaction en une étape ; l'ordre 0 par rapport à un réactif ne veut pas dire qu'il ne réagit pas. Le lien avec le mécanisme est un autre chapitre.

Bloc 7 sur 7 · Vérifier

Vérifier : ordres 0 et 2, puis Arrhenius

Le modèle d'entraînement. L'exercice associé à cette leçon porte sur ce chapitre lui-même : les ordres que la terminale ne traite pas. Il tire une réaction dont l'ordre est celui des manuels (décomposition de NO2\mathrm{NO_2} ou de HI\mathrm{HI} en phase gazeuse, d'ordre 2 ; décomposition de NH3\mathrm{NH_3} sur tungstène ou de N2O\mathrm{N_2O} sur platine, d'ordre 0), une constante modélisée et une concentration initiale, la convention de vitesse écrite dans l'énoncé, et demande selon la variante le temps de demi-réaction, la concentration à un instant, le nouveau t1/2t_{1/2} quand on change [A]0[\mathrm{A}]_0 pour un ordre annoncé, la constante à une autre température par Arrhenius, ou l'énergie d'activation depuis deux constantes. Chaque réponse est contrôlée par intégration numérique de l'équation différentielle — jamais par la loi intégrée elle-même. L'ordre 1 reste servi par le modèle de terminale.

Énoncé type. On étudie la décomposition du dioxyde d'azote en phase gazeuse, 2NO22NO+O2\mathrm{2\,NO_2 \to 2\,NO + O_2}. On note A\mathrm{A} le réactif NO2\mathrm{NO_2} et v=d[A]dtv = -\dfrac{\mathrm{d}[\mathrm{A}]}{\mathrm{d}t} sa vitesse de disparition ; la loi de vitesse est d'ordre 2 : v=k[A]2v = k\,[\mathrm{A}]^{2}. On modélise avec k=0,050k = 0{,}050 L·mol⁻¹·s⁻¹ et [A]0=0,100[\mathrm{A}]_0 = 0{,}100 mol/L.

  1. Calculer le temps de demi-réaction t1/2t_{1/2}.
  2. Calculer [A][\mathrm{A}] à t=100t = 100 s.
  3. (Arrhenius.) Une autre réaction, d'ordre 1, a une énergie d'activation Ea=50E_a = 50 kJ/mol. Par quel facteur sa constante de vitesse est-elle multipliée quand la température passe de 298298 K à 308308 K ? (R=8,314R = 8{,}314 J·mol⁻¹·K⁻¹.)

Corrigé complet.

1. Ordre 2. d[A]dt=k[A]2-\dfrac{\mathrm{d}[\mathrm{A}]}{\mathrm{d}t} = k[\mathrm{A}]^{2} s'intègre en 1[A]=1[A]0+kt\dfrac{1}{[\mathrm{A}]} = \dfrac{1}{[\mathrm{A}]_0} + k\,t. À t1/2t_{1/2}, [A]=[A]0/2[\mathrm{A}] = [\mathrm{A}]_0/2 :

t1/2=1k[A]0=10,050×0,100=200t_{1/2} = \dfrac{1}{k\,[\mathrm{A}]_0} = \dfrac{1}{0{,}050 \times 0{,}100} = 200 s.

La seconde demi-réaction durerait 400400 s : à l'ordre 2, t1/2t_{1/2} est inversement proportionnel à la concentration de départ.

2. Concentration à 100 s. 1[A]=10,100+0,050×100=10+5=15\dfrac{1}{[\mathrm{A}]} = \dfrac{1}{0{,}100} + 0{,}050 \times 100 = 10 + 5 = 15 L/mol, donc

[A]=1150,0667[\mathrm{A}] = \dfrac{1}{15} \approx 0{,}0667 mol/L.

Contrôle : 100100 s, c'est la moitié de t1/2t_{1/2} ; il doit rester plus de la moitié de 0,1000{,}1000,0670{,}067 convient. L'unité de kk (L·mol⁻¹·s⁻¹) dit l'ordre 2 ; le 22 de l'équation n'intervient pas, la vitesse ayant été définie sur [A][\mathrm{A}].

3. Arrhenius. lnk2k1=EaR(1T21T1)=500008,314(12981308)6014×1,09×1040,655\ln\dfrac{k_2}{k_1} = -\dfrac{E_a}{R}\left(\dfrac{1}{T_2} - \dfrac{1}{T_1}\right) = \dfrac{50\,000}{8{,}314}\left(\dfrac{1}{298} - \dfrac{1}{308}\right) \approx 6014 \times 1{,}09 \times 10^{-4} \approx 0{,}655, donc

k2k1e0,6551,93\dfrac{k_2}{k_1} \approx e^{0{,}655} \approx 1{,}93.

Dix kelvins de plus multiplient la constante par environ 1,91{,}9 : la « règle du doublement » n'est qu'un cas particulier (Ea53E_a \approx 53 kJ/mol près de 2525 °C). Les températures sont en kelvin, sans quoi les inverses n'ont pas de sens.

Réponses : t1/2=200t_{1/2} = 200 s ; [A](100 s)0,067[\mathrm{A}](100\ \mathrm{s}) \approx 0{,}067 mol/L ; facteur 1,9\approx 1{,}9.

Auto-contrôle. Ai-je lu la convention de vitesse avant d'intégrer ? Quelle fonction de [A][\mathrm{A}] est affine en tt à cet ordre — [A][\mathrm{A}], ln[A]\ln[\mathrm{A}] ou 1/[A]1/[\mathrm{A}] ? Mon t1/2t_{1/2} dépend-il de [A]0[\mathrm{A}]_0 comme l'ordre l'impose ? Pour Arrhenius, ai-je converti EaE_a en J/mol et gardé les kelvins ?

L’exercice interactif de cette leçon attend la fin de sa relecture scientifique. L’énoncé type ci-dessus est complet : il se travaille tel quel.

Sources

  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de physique-chimie de la classe de PCSI
  • BO spécial n°1 du 11 février 2021 — programme de physique-chimie de la classe de MPSI
  • P. Atkins, J. de Paula, Chimie physique, De Boeck

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