Chimie · Première · 15 min de lecture
Hydrocarbures et combustibles : brûler, compter, comparer
Alcanes et alcools comme combustibles, pétrole et biocarburants, combustion et énergie libérée, impact en CO₂.
Chapitre du programme : L'énergie : conversions et transferts
Bloc 1 sur 7 · Comprendre
Comprendre : ce qu'est un combustible
Le gaz de la cuisinière, l'essence d'une voiture, l'éthanol d'un réchaud de camping ont un point commun : ce sont des molécules organiques qui, en réagissant avec le dioxygène de l'air, libèrent beaucoup d'énergie. Au collège, tu as écrit la combustion du méthane et du butane un par un. La première généralise : ces combustibles appartiennent à des familles, et une seule formule générale suffit à écrire la combustion de chacun.
Les hydrocarbures. Un hydrocarbure est une molécule faite uniquement de carbone et d'hydrogène. Les plus simples sont les alcanes, à chaîne carbonée saturée (uniquement des liaisons simples), de formule générale : méthane (gaz naturel), propane et butane (bouteilles de gaz), et les alcanes plus longs qui composent l'essence et le gazole. Le pétrole est un mélange d'hydrocarbures ; le raffinage les sépare selon leur taille. Une molécule qui ne vérifie pas n'est pas un alcane : , par exemple, a deux hydrogènes de moins, signe d'une double liaison — c'est un alcène, une autre famille.
Les alcools comme combustibles. Un alcool — un alcane qui porte un groupe hydroxyle — brûle aussi. Le méthanol et surtout l'éthanol sont des combustibles courants ; l'éthanol produit par fermentation de la canne à sucre ou de la betterave est un biocarburant, mélangé à l'essence. Sa formule générale est , ce qu'on écrit aussi : la molécule contient déjà un atome d'oxygène, et cet oxygène compte dans l'équation de combustion.
La combustion complète. Brûler un alcane ou un alcool dans un excès de dioxygène produit toujours les mêmes deux espèces : du dioxyde de carbone et de l'eau.
Combustion complète d'un alcane : . Combustion complète d'un alcool : .
Ces deux écritures ne sont pas à apprendre : elles se retrouvent en quelques secondes en conservant le carbone, puis l'hydrogène, puis l'oxygène — la leçon suivante le fait pas à pas. Ce qu'il faut retenir, c'est la méthode et le fait que chaque mole de combustible libère moles de : autant que la molécule contient de carbones. Une combustion incomplète, faute de dioxygène, produit aussi du monoxyde de carbone , toxique, et du carbone solide (la suie) ; elle est hors du cadre des calculs de première.
Bloc 2 sur 7 · Approfondir
Approfondir : ajuster, chiffrer l'énergie et le CO₂
Ajuster l'équation, dans l'ordre. L'ordre de conservation est fixe et évite toute erreur.
- Conserver le carbone : atomes dans le combustible, donc .
- Conserver l'hydrogène : atomes, donc .
- Conserver l'oxygène, en dernier : compter les O des produits, retrancher ceux que la molécule apporte déjà, et attribuer le reste au dioxygène.
Pour le butane : et à droite, soit atomes d'oxygène ; la molécule n'en apporte aucun, il faut molécules de . Un nombre stœchiométrique fractionnaire est acceptable ; on peut aussi doubler tout : .
Pour l'éthanol : et , soit atomes d'oxygène à droite. La molécule en apporte déjà un : le dioxygène n'en fournit que , soit . Écrire en oubliant l'oxygène de l'alcool est l'erreur la plus fréquente de ce chapitre, et elle se voit : l'oxygène n'est alors plus conservé.
L'énergie libérée. Une combustion est exothermique : elle transfère de l'énergie au milieu extérieur. On la caractérise par l'énergie molaire de combustion, notée ici , énergie libérée par la combustion complète d'une mole de combustible. Elle se mesure, elle se lit dans une table, elle ne se calcule pas en première : environ kJ/mol pour le méthane, kJ/mol pour l'éthanol, kJ/mol pour le butane. Pour une quantité de combustible brûlée, l'énergie libérée est simplement
et si l'énoncé donne une masse, d'abord. Plus la molécule est longue, plus est grand — mais plus elle émet de par mole aussi. L'interprétation microscopique — l'énergie vient de ce que les liaisons formées (, ) sont plus solides que les liaisons rompues — est l'objet de la leçon sur les aspects énergétiques des transformations.
Le dioxyde de carbone émis se calcule. La chaîne est toujours la même : masse de combustible → quantité de matière () → quantité de (fois le nombre de carbones) → masse de (, avec g/mol). Elle permet de comparer des combustibles : par unité d'énergie libérée, le méthane émet moins de que le butane, qui en émet moins que le charbon.
Biocarburant : ce qui change et ce qui ne change pas. La combustion de l'éthanol produit du exactement comme celle de l'essence : l'équation ne sait pas d'où vient la molécule. Ce qui distingue un biocarburant, c'est l'origine de son carbone : il a été prélevé dans l'atmosphère par la photosynthèse quelques mois plus tôt, et la combustion le restitue — un cycle court. Le carbone du pétrole, lui, était stocké dans le sous-sol depuis des millions d'années ; le brûler ajoute à l'atmosphère du carbone qui n'y était plus. « Un biocarburant n'émet pas de » est faux ; « son carbone vient d'être capté » est la formulation juste, et le bilan complet (culture, transport, transformation) relève d'une analyse plus fine que l'équation.
Bloc 3 sur 7 · Exemple
Exemple guidé : brûler dix grammes d'éthanol
Énoncé. On brûle complètement g d'éthanol dans un excès de dioxygène. Données : , , g/mol ; énergie molaire de combustion de l'éthanol kJ/mol.
Questions. Écrire l'équation ajustée de la combustion. Calculer la masse de dioxyde de carbone formée, puis l'énergie libérée.
---
1. Ajuster l'équation. Carbone : . Hydrogène : atomes, donc . Oxygène : à droite, atomes ; la molécule d'éthanol en apporte ; le dioxygène en fournit , soit :
Contrôle. 2 C, 6 H, O à gauche ; 2 C, 6 H, O à droite.
2. Quantité d'éthanol brûlée. g/mol, donc
On garde quatre chiffres pour les étapes intermédiaires ; l'arrondi final se fera une seule fois.
3. Quantité de formée. L'équation dit par molécule d'éthanol :
4. Masse de . g/mol :
5. Énergie libérée.
La combustion de g d'éthanol forme environ g de dioxyde de carbone et libère environ kJ, soit J.
6. Ce qu'aurait donné l'oubli de l'oxygène de l'alcool. Avec , l'équation aurait atomes d'oxygène à gauche pour à droite : elle ne serait pas ajustée. Ici, la quantité de n'en aurait pas souffert — elle ne dépend que du nombre de carbones —, mais toute question sur le dioxygène consommé aurait été fausse d'un facteur .
7. Vraisemblance. Le formé pèse presque le double du combustible : normal, chaque carbone s'est chargé de deux oxygènes pris à l'air. Et kJ suffisent à porter de °C à °C près d'un litre d'eau (il faut environ kJ pour un litre entier) — l'ordre de grandeur d'un réchaud.
Bloc 4 sur 7 · Visualiser
La figure en détail
Figure (fig.chemistry.hydrocarbons-fuels, SVG programmatique à produire) : l'équation de combustion comme un bilan d'atomes, à gauche pour un alcane, à droite pour un alcool, avec le compte d'oxygène mis en évidence.
- Panneau de gauche — le butane. En haut, la molécule dessinée en formule semi-développée. En dessous, trois lignes de comptage sous forme de jetons alignés : « C : 4 → », « H : 10 → », « O : à droite, 0 apporté, ». L'équation ajustée est écrite en pied du panneau, puis sa version doublée à coefficients entiers.
- Panneau de droite — l'éthanol. La molécule , dont l'atome d'oxygène est encadré d'un trait épais. Les mêmes trois lignes : « C : 2 → », « H : 6 → », « O : à droite, 1 déjà dans la molécule, à fournir, ». Un jeton d'oxygène, marqué du même cadre épais, est dessiné en train de passer de la molécule vers le membre de droite, pour montrer qu'il n'est pas à demander au dioxygène. L'équation ajustée en pied.
- Bandeau central — l'échelle des combustibles. Une ligne horizontale graduée en nombre de carbones , de 1 à 6, où se placent méthane, éthanol, propane, butane… Au-dessus de chaque point, deux petits bâtonnets proportionnels : l'énergie molaire libérée (sourcée pour méthane, éthanol, butane ; absente ailleurs) et le nombre de moles de par mole brûlée (). Une légende : « les deux grandissent avec la taille de la molécule ».
- Cartouche du bas. La chaîne de calcul , et à côté .
Ce qu'il faut lire. Les jetons rendent visible l'ordre de la méthode — carbone, hydrogène, oxygène en dernier — et l'unique différence entre les deux panneaux : l'oxygène encadré de l'alcool, qui réduit d'une demi-molécule le dioxygène nécessaire. Le bandeau central rappelle que l'énergie et le sont deux faces d'une même molécule : brûler plus long, c'est libérer plus et émettre plus.
La figure en détail : à gauche, la molécule de butane en formule semi-développée, et sous elle trois lignes de jetons : quatre jetons de carbone donnant quatre molécules de dioxyde de carbone, dix jetons d'hydrogène donnant cinq molécules d'eau, puis le compte d'oxygène — huit plus cinq, soit treize atomes à droite, aucun dans la molécule, donc treize demi-molécules de dioxygène ; l'équation ajustée est écrite en pied, puis sa version à coefficients entiers. À droite, la molécule d'éthanol dont l'atome d'oxygène est encadré d'un trait épais ; les mêmes trois lignes : deux carbones, six hydrogènes, puis sept atomes d'oxygène à droite dont un déjà apporté par la molécule — le jeton encadré est dessiné en train de passer de la molécule vers les produits —, donc six à fournir, trois molécules de dioxygène. Entre les deux panneaux, une ligne horizontale graduée de un à six carbones où se placent le méthane, l'éthanol, le propane et le butane, avec au-dessus de chacun deux bâtonnets : l'énergie libérée par mole et le nombre de moles de dioxyde de carbone produites, qui grandissent ensemble. En bas, la chaîne de calcul de la masse au dioxyde de carbone émis, et l'énergie libérée à côté.
Bloc 5 sur 7 · Formules
Ce qu'il faut retenir
| Notion | Énoncé | Domaine de validité |
|---|---|---|
| Alcane | hydrocarbure saturé, | chaînes linéaires en première ; un test de formule |
| Alcool | , un oxygène déjà présent | compte dans le bilan d'oxygène |
| Combustion complète | produits et | dioxygène en excès |
| Ajustement | C, puis H, puis O en dernier | toute combustion |
| par mole | autant que de carbones | complète uniquement |
| Énergie libérée | , lue dans une table | jamais calculée en première |
| Biocarburant | émet du ; carbone récemment capté par photosynthèse | cycle court, à distinguer du carbone fossile |
Les unités. Masses en grammes, masses molaires en g/mol, quantités en mol ; en kJ/mol donne en kJ — convertir en joules ( kJ J) si l'énoncé le demande. Les masses molaires sont toujours données.
Chiffres significatifs. Garder quatre chiffres dans les intermédiaires, arrondir une seule fois à la fin, au nombre de chiffres de la donnée la moins précise.
Vers la suite. L'énergie de combustion est reliée, dans la leçon sur les aspects énergétiques, aux énergies de liaison ; la modélisation d'une combustion comme réaction d'oxydoréduction (le carbone est oxydé, le dioxygène réduit) rejoint la leçon sur l'oxydoréduction ; l'impact du sur le climat est développé en enseignement scientifique.
Bloc 6 sur 7 · Pièges
Pièges fréquents
- Oublier l'oxygène déjà présent dans l'alcool. Le bilan d'oxygène se fait en dernier et doit retrancher l'atome que porte l'alcool. Pour l'éthanol, oxygènes à droite moins apporté font , pas . Une équation à n'est pas ajustée — le contrôle le montre aussitôt.
- Croire qu'un biocarburant n'émet pas de . La combustion de l'éthanol produit par molécule, comme le dit l'équation, quelle que soit l'origine de l'éthanol. La différence est ailleurs : le carbone d'un biocarburant a été capté récemment dans l'atmosphère, celui du pétrole sort d'un stock fossile. Émettre et ajouter ne sont pas la même chose.
- Confondre alcane et alcène. L'alcane est saturé, ; une formule qui a deux hydrogènes de moins, , contient une double liaison : c'est un alcène, autre famille, hors du programme. Le test est arithmétique : est un alcane, n'en est pas un.
- Calculer l'énergie à partir de la masse sans passer par la mole. est une énergie par mole : il faut d'abord. Multiplier une masse en grammes par une énergie en kJ/mol n'a pas de sens, et le résultat est faux d'un facteur .
- Ajuster l'oxygène avant l'hydrogène. Tant que les nombres de et de ne sont pas fixés, on ne sait pas combien d'oxygène il faut. L'ordre C, H, O n'est pas une habitude : c'est ce qui rend le calcul possible en une passe.
- Se tromper de formule brute pour l'alcool. L'éthanol s'écrit ou — six hydrogènes, dont celui de l'hydroxyle, et g/mol. Oublier le H du groupe fausse à la fois l'ajustement et la masse molaire.
- Arrondir à chaque étape. arrondi à puis multiplié par et par donne g au lieu de g. Les intermédiaires gardent un chiffre de plus ; l'arrondi ne se fait qu'une fois, à la fin.
Bloc 7 sur 7 · Vérifier
Vérifier : chiffrer une combustion
Le modèle d'entraînement. L'exercice associé à cette leçon tire un alcane ou un alcool linéaire de six carbones au plus et demande, au choix, le nombre stœchiométrique du dioxygène dans l'équation ajustée — pour un alcool, le corrigé fait le bilan d'oxygène en toutes lettres —, la quantité de émise par mole brûlée, ou la masse de formée par une masse donnée de combustible, masses molaires fournies. Un modèle voisin, par vrai ou faux, fait travailler le biocarburant, le test alcane/alcène et le lien .
Énoncé type. On brûle complètement g de butane . Données : , , g/mol. Écrire l'équation ajustée, puis calculer la masse de dioxyde de carbone formée.
Corrigé complet.
1. Ajuster. Carbone : . Hydrogène : atomes, . Oxygène : à droite, aucun dans le butane, donc :
2. Quantité de butane. g/mol, donc mol — un décimal exact ici.
3. Quantité de . Quatre carbones : mol.
4. Masse de . g/mol :
La combustion de g de butane forme g de dioxyde de carbone — trois fois la masse du combustible.
5. Contrôle. Chaque carbone du butane finit dans une molécule de ; la masse de dépasse celle du butane parce que l'oxygène de l'air s'y est ajouté. Le rapport est la « signature » du butane : il vaut , indépendant de la masse brûlée.
Auto-contrôle. Trois questions avant de rendre. Ai-je ajusté dans l'ordre C, H, puis O, et retranché l'oxygène de la molécule si c'est un alcool ? Suis-je passé par la quantité de matière avant toute masse ou toute énergie ? Et n'ai-je arrondi qu'une fois, à la fin ?
Sources
- BO spécial n°1 du 22 janvier 2019 — programme de spécialité physique-chimie de première générale, « Constitution et transformations de la matière : conversion de l'énergie stockée dans la matière organique » (combustibles usuels alcanes et alcools, équation de combustion, énergie molaire de réaction et énergie libérée, enjeux : pétrole, gaz, biocarburants, impact sur le climat)
- P. Atkins, J. de Paula, Chimie physique, De Boeck — enthalpies de combustion (table des données thermochimiques)
- J. Clayden, N. Greeves, S. Warren, Chimie organique, De Boeck, chap. « Structures organiques » — alcanes et alcools
Continuer
Autres leçons — Chimie
- La mole et la masse molaire : compter en pesant
- Les ions : un atome qui perd ou gagne des électrons
- Acides, bases et pH : lire une échelle de 0 à 14
- La structure de l'atome : un noyau, des électrons, et du vide
- La transformation chimique et son équation de réaction
- La conservation de la masse : le bilan de Lavoisier
- Les combustions : ce qui brûle, avec quoi, et ce qui se forme
- États de la matière et changements d'état
- Corps purs et mélanges
- Masse, volume et masse volumique
- Dissolution et solubilité
- Le noyau de l'atome : notation symbolique et isotopes
- La configuration électronique des atomes (Z ≤ 18)
- Le tableau périodique : un classement qui prédit
- Familles chimiques : prévoir l'ion monoatomique stable
- Le schéma de Lewis : doublets liants et non liants
- La mole : compter les entités par paquets
- La concentration en masse : doser un soluté dissous
- Le volume molaire d'un gaz : compter par le volume
- Concentration en quantité de matière et dilution
- Dissoudre un solide ionique : équation et concentrations
- Le tableau d'avancement : suivre une transformation en moles
- Géométrie et polarité des molécules : de la formule à la forme
- Cohésion de la matière : ce qui tient les molécules ensemble
- Acides et bases de Brønsted : le transfert d'un proton
- L'oxydoréduction : un transfert d'électrons
- Le titrage : mesurer une concentration par une réaction
- Spectroscopie UV-visible : doser par la lumière
- Groupes caractéristiques et nomenclature : lire une molécule
- Spectroscopie infrarouge : reconnaître les groupes
- Énergie d'une transformation chimique : signe, sens, calcul
- Vitesse de réaction et facteurs cinétiques
- La loi de vitesse d'ordre 1
- État d'équilibre et constante d'équilibre
- pH, acides forts et acides faibles
- La pile : faire passer les électrons par un fil
- L'électrolyse : forcer une transformation
- Addition, élimination, substitution : les grandes réactions organiques
- Déplacement d'équilibre : prévoir le sens
- Orbitales moléculaires des diatomiques de la 2e période
- La RMN du proton : lire un spectre, retrouver la molécule
- Acides faibles, prédominance et solutions tampons
- Lois de vitesse : trouver l'ordre d'une réaction